Araki-ri

Avis sur Mysterious Skin

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Mysterious skin est considéré de toutes parts comme le chef d’œuvre de Greg Araki. Comme l’œuvre marquant sa maturité de cinéaste. En somme, et pour reprendre les mots de je ne sais quelle critique élogieuse, « le bilan de sa trashitude passée ».

C’est aussi le premier que j’ai vu, tant on m’en avait rebattu les oreilles de qualificatifs. Celui de « chef d’œuvre » revenant à répétition, ex æquo avec « Bouleversant, splendide » et « atrocement beau ».

Ce film, bon sang, n’est rien de tout ça.

L’histoire de ces deux enfants, puis de ces deux adolescents, confrontés très jeunes à la pédophilie et l’ayant chacun géré de manière fort différente (l’un est devenu une folle de 15 ans qui se la pète et se prostitue avec délices, l’autre un binoclard obsédé par les ovnis) est infâme de vide et de manque d’intérêt. Il fait en fait l’effet d’un plat au micro-ondes : ni salé ni sucré, sans goût, vite cuit, vite prêt ; calibré pour atteindre l’estomac du plus grand nombre tout en simplicité. Il vise à faire pleurer dans les chaumières comme un plat de lasagnes renversé sur le sol un dimanche soir. Il n’y a rien que le creux sidéral du propos, les clichés fatigants qui s’amoncellent, et quelque chose de nauséeux dans la froideur des images.

Comment être touché ? Comment ne pas rester indifférent face au destin il est vrai atroce de ces êtres insupportables, aux visages si lisses qu’ils semblent changés en poupées ? La dedans, rien ne me parle. Et certainement pas cette imagerie homosexuelle revendiquée. Cette fierté de se prostituer, de ne pas vouloir faire autre chose, de se faire nuit après nuit couvrir de sperme, comme si cela pouvait être un mode de vie envisageable. Cette manie d’appuyer ses plans sur les bouches tirant sur des cigarettes. Faut-il vraiment dire à M. Araki que l’esthétique de la cigarette comme objet de subversion à fait son temps ? Qu’il s’agit là de choses réchauffées, au risque de détruire son petit monde ?

Il en va d’ailleurs de même de son héros, qu’il voudrait charismatique! Cette image du jeune homme « beau comme un dieu avec un trou noir à la place du cœur » a été tellement ressassée par la littérature comme par le cinéma qu’elle ne peut plus RIEN signifier à elle seule, en aucune manière ! Il peut s’agir au pire d’une « base » de personnage, à développer ensuite, mais de manière implicite bon sang ! Aller faire dire ça mot pour mot dans un dialogue, c’est révéler au spectateur, comme s’il était stupide, quelque chose dont il se rendre compte seul s’il le doit.

Mais en l’occurrence, il n’en aurait rien su seul. Tel est l’échec de Mysterious Skin, peuplé de personnages qui semblent ne rien penser derrière leurs yeux bleus. Quelques scènes chocs tenteront, en vain, de nous rallier à leur cause. La révélation finale, attendue et vomitive, ne sera qu’une déception de plus. Et je ne peux concevoir cette définition de la pédophilie, ces enfants magnifiés parfois consentants, détraqués, désireux de se souvenir de ce passé malsain qui les détruit et les attire à la fois. Ce n’est ni émouvant. Ni réaliste. Ni intéressant en aucune manière. Sous ses airs émotifs, Araki joue de la branlette provocatrice intellectuelle comme tant d’autres ; et avec tout le sérieux du monde. Où est passée l’irrévérence modeste de The Doom Generation ? À la fin de Mysterious Skin, je restai coi. N’ai-je donc rien compris ? Suis-je passé à côté de quelque chose ? Je ne pense pas. Je ne vois pas d’intérêt à ce documentaire larmoyant sur la prostitution masculine et les méfaits de la pédophilie. Si encore il y avait ironie, originalité, chaleur. Mais non.

Le cinéma est là pour les rêves. Pour les faits divers, il y a la Dépêche du midi. Sacré Greg, en somme, tu aurais dû rester jeune, jouer à tout jamais avec des pistolets et des jeunes filles en fleur.

Mettre en scène tes fantasmes tes rêves d’asphalte et d’épopée hors du monde, et encore tes fantasmes ; plutôt que tes craintes ou tes doutes.

Jouer avec ta caméra au service d’une histoire excitée et excitante, laisser le froid et le creux aux autres. Les faits divers à ceux qui n’ont que ça.

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