Réussite sociale d'un sociopathe.

Avis sur Night Call

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Coup de génie. Ce film m'a rappelé dans sa démarche le "Cosmopolis" de Cronenberg. Un film qui parle de la société et du monde du travail (+ les médias) dans une histoire somme toute banale. Les dialogues géniaux du personnage de Jake Gyllenhaal font passer ce qui aurait pu être qu'une sympathique série B en un superbe film de cinéma.

On découvre un voleur en action dans la nuit, dans les environs de Los Angeles. Celui-ci essaye de voler du grillage, mais se fait surprendre par un gardien de nuit, qu'il neutralise avant de s'en aller avec son butin. Mais il en a marre de faire ça et de ne pas évoluer, il a un vocabulaire recherché et il sait s'exprimer comme personne. Par hasard, il croise des Nightcrawlers (reporter vidéos freelance qui filment des lieux de faits divers pour la télévision) et décide d'en devenir un. Contre toute attente, son sens de l'initiative et ses envies de réussites sociales vont lui permettre de se faire rapidement une place dans le milieu. Alors que c'est un sociopathe total, ne comprenant rien à rien aux sentiments humains et semblant lui-même dénué de sentiments. Il n'est qu'un être dévoué corps et âme à sa réussite sociale.

Coup de génie du scénario, faire de ce personnage l'archétype ultime de ce que voudrait la société ultra-libérale capitaliste. Sans aucune déontologie, sans aucun remord, filmant des scènes de faits divers de plus en plus hardcore, outrepassant largement la loi, il n'obéit qu'à la règle de l'offre et de la demande. On lui demande des images chocs, il offre des images de plus en plus choc. Et plus le personnage parle, plus son manque d'humanité se fait clair. Jake Gyllenhaal est d'ailleurs monstrueux dans ce rôle, ayant perdu du poids et se montrant avec un visage ultra squelettique et les yeux exorbités. Nomination à l'oscar pour lui (qu'il n'a pas eu, monde de merde).

Et la pique sur les médias alors ? Bah très clairement, elle vaut son pesant de cacahuètes. Le cercle infernal: les spectateurs veulent des infos, les médias leurs en donnent, la plus grosse audience va sur les faits divers. Plus le fait divers est terrible, plus l'audience est grosse. Plus l'image est choc, plus l'audience est grande. Et la marotte des chaines d'informations ? L'audimat. On cherche donc toujours plus d'images chocs, toujours plus fort. Jusqu'à arriver au point de non retour, où on ne cherche plus l'information mais l'image choc. Quitte à détourner ou modifier l'information. Pour l'audimat.

Bref, c'est un beau coup de cœur pour ma part, un film très dérangeant, qui n'a pas besoin de forcer le trait, vu que la réalité n'est finalement pas loin. Une bande son ultra cool signée James Newton Howard, une photo ultra classe et une réalisation rythmée, qui donne à ce film le combo ultime du cinéma américain: Réflexion + Divertissement. Notamment sur une scène de course poursuite ultra intense. Wuuuh !

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