Woody da Brooklyn

Avis sur Nola Darling n'en fait qu'à sa tête

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Trois années après son film d'étude Joe's Bed-Stuy Barbershop: We Cut Heads, sorti en 1983, Spike Lee se lance dans son premier long-métrage, She's Gotta Have It où il va s'intéresser aux aventures amoureuses et sexuelles, ainsi que les questionnements de la jeune Nola Darling.

Avec ce premier essai, Spike Lee pose déjà les bases d'un style qui lui est propre et qui fera sa renommé par la suite, tant formellement que dans les thématiques abordées. On retrouve ses plans au plus près des visages, sa photographie, ici en noir et blanc, très soignée, la façon dont les protagonistes brisent le quatrième mur, sa vision de Brooklyn ou encore de la communauté afro-américaine, ici par le prisme de la libération, notamment sexuelle, de la femme. On a parfois l'impression de voir Spike Lee qui fait avec Brooklyn ce que Woody Allen fait avec Manhattan.

L'histoire est assez simple, une femme, trois mecs, et on sort rarement de ce cadre où Spike Lee nous immerge dans la vie de Nola, et de ses hésitations mais surtout sa vision de la vie, comme en témoigne la parfaite conclusion. En étant au plus près des personnages, qui en plus nous parlent parfois directement, Spike Lee rend son oeuvre immersive et les protagonistes intéressants, ils sont soignés, surtout elle, avec des caractères et ambiguïtés bien définis, alors qu'il parvient aussi à créer un sentiment d'authenticité, à l'image des parfaits et solides dialogues. Il n'hésite pas à laisser planer un parfum de légèreté sur ce qui s'apparente à un drame amoureux, avec des touches d'humour qui fonctionnent.

S'il y a bien quelques maladresses, à l'image des références balancées parfois un peu n'importe comment, elles ne sont pas préjudiciables, et on prend plaisir à déambuler dans Brooklyn avec ces personnages atypiques. Les comédiens, bien que la majorité étant des proches du cinéaste qui ne vont guère percer dans le milieu, sont assez bons, alors que Spike Lee gère plutôt bien la bonne musique jazzy, tout en ayant de bonnes idées, à l'image des passages en couleurs ou du générique de fin.

En signant She's Gotta Have It, Spike Lee démontre, dès ce premier film, ses qualités de cinéaste, nous entraînant au cœur de Brooklyn pour un portrait de femme moderne et passionnant, le tout dans un magnifique noir et blanc avec des personnages forts et atypiques, et sans oublier une critique sociale pertinente.

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