Les Essais de Lars

Avis sur Nymphomaniac : Volume 1

Avatar gallu
Critique publiée par le

J’y suis allé pour la plaisanterie, pour ricaner grassement, en groupe (1), devant « le film porno de Lars Van Trier », devant un film que je ne m’attendais pas du tout à apprécier sérieusement. Et il y a eu erreur sur la marchandise : ce premier volume de Nymphomaniac n’est pas un film pornographique, mais une suite d’essais relevant du roman d’apprentissage.

D’habitude, Lars von Trier compose des films très esthétisants, contemplatifs et ténébreux. Passé sa longue introduction pluvieuse, ce Nymphomaniac : Volume 1 s’inscrit en faux : ce sera presque du théâtre filmé, de grands flashbacks déclenchés par un dialogue pontifiant entre Joe (Charlotte Gainsbourg) et Seligman (Stellan Skarsgård). Des personnages qui passent leur temps à théoriser solennellement leur propre vie, voilà qui m’horripile d’ordinaire, voilà pourquoi je déteste la plupart des films de la Nouvelle Vague et surtout ceux d’Eric Rohmer. Sauf qu’ici, l’immersion a opéré. Tout d’abord, l’humour, l’absurde et l’ironie viennent désamorcer la pompe bourgeoise des échanges. Ensuite, la finesse de l’interaction entre Joe et Seligman empêche de s’agacer du caractère surfait du dialogue. Le métronome de la conversation, Seligman, quasi-stéréotype du vieil érudit juif, est entrainé par sa curiosité. Il s’interdit tout d’abord de juger Joe et finit par ne plus contenir ses envies de légitimer les actes de son interlocutrice. Il la défend dans le procès en immoralité qu’elle s’intente à elle-même.

Film au titre et au marketing trompeurs, ce premier volume de Nymphomaniac n’est pas un film porno, un film sur le sexe. Le sexe n’est qu’un vecteur, au final très subsidiaire, à travers lequel s’expriment tout un ensemble de thèmes. Le film se divise en plusieurs chapitres qui sont autant d’essais dédiés à des thèmes différents. Devant ces multiples discours, le grand écueil me semble être de vouloir trouver une unité, psychologique ou idéologique, pour consolider artificiellement Nymphomaniac comme un film à thèse. Cet écueil, la presse hip/bobo française y saute à pieds joints, la palme de cette frénésie du rangement revenant aux Inrockuptibles : « difficile de dire si le film est misandre ou misanthrope, féministe ou misogyne, philosexuel ou sexophobe, hors morale (Joe) ou conflit de morale (Seligman) ». Comme si un film, surtout un bon, un subtil, se devait de se trouver un camp et une cause.

Personnellement, j’ai savouré ce premier tome de Nymphomaniac comme j’ai savouré les Essais de Montaigne : en y acceptant tout, le futile comme le grave, le banal comme l’extraordinaire, les effets de style, tantôt ampoulés, tantôt géniaux, en écoutant ce que l’œuvre a à me dire, sans pour autant chercher à débusquer l’éventuel dogmatisme de son auteur, en acceptant de me poser des questions sans m’obséder pour y répondre.

(1) Spéciale dédicace à Choupi, qui ricane déjà.

Et vous, avez-vous apprécié la critique ?
Critique lue 4675 fois
123 apprécient · 6 n'apprécient pas

Autres actions de gallu Nymphomaniac : Volume 1