« Pourquoi j’ai pas ça moi ? »

Avis sur OSS 117 : Alerte rouge en Afrique noire

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Nicolas Bedos n’a visiblement pas compris ce qui faisait la réussite des deux volets originaux de la saga OSS 117, à savoir une mise en scène mimétique des comédies appartenant à l’époque dans laquelle se déroulait l’intrigue, non pour se contenter de leur rendre hommage, mais bien davantage pour retrouver, en dépit des artifices inhérents à la fiction, la justesse d’un rapport au monde par le biais du comique. Dans Le Caire : nid d’espions (2006), Michel Hazanavicius s’inspire des œuvres de grands cinéastes comme Howard Hawks – on pense à Monkey Business (1952) ou à Gentlemen Prefer Blondes (1953) – ou Billy Wilder – The Seven Year Itch (1955), Some Like It Hot (1959) – pour investir l’année 1955, auxquels il faut ajouter Blake Edwards, anachronique de quelques années mais maître inégalé de la comédie d’espionnage américaine ; il ne les recopie pas, il prélève une gestuelle, un sens du rythme, une façon de découper les plans au sein d’une scène puis d’organiser les scènes au sein d’une séquence ; il extrait l’essence comique d’un âge.

Dans Alerte rouge en Afrique noire, la mise en scène est celle de n’importe quelle production actuelle : goût pour le plan-séquence m’as-tu-vu et inutile, caméra sophistiquée qui permet une trop grande fluidité du mouvement – notamment lors des plans aériens au-dessus de la savane –, montage charcutier qui casse la dynamique d’ensemble ; le format CinemaScope n’est que pur gadget et ne conduit pas le réalisateur à penser l’espace. Seul le choix du buddy movie correspond à l’année 1981, alors en vogue dans le paysage audiovisuel international – par exemple 48 Hrs. de Walter Hill, sorti en 1982 –, quoique l’association de deux générations d’espions ne produise pas les étincelles souhaitées, la faute à l’écriture qui refuse de faire évoluer une relation des deux personnages cantonnée à la compétition. Bedos fils injecte alors dans OSS 117 ses propres névroses, à savoir le rapport de fascination-détestation éprouvé par un protagoniste à l’égard d’un autre qui l’amène à se détester lui-même : l’espion jadis si énergique se voit dégradé par des attaques tout à la fois faciles et répétées ad nauseam, mêlant impuissance sexuelle, ringardise et idiotie.

Là où la mise en scène de Michel Hazanavicius représentait Hubert comme un héros, la réalisation de Nicolas Bedos l’aborde en curiosité, en phénomène de foire qui finit par reconnaître lui-même ce que jusqu’alors il se contentait d’être : l’incarnation raciste, antisémite, misogyne de son époque, sous la forme d’une caricature. Là où la mise en scène de Michel Hazanavicius faisait naître le comique des situations, du choc spontané de deux mondes, la réalisation de Nicolas Bedos l’aborde par un tiers exclu dont on se moque, « petit bonhomme complètement dépassé par son temps ». Le postulat « politiquement incorrect » revendiqué par le long métrage mute aussitôt en châtiment bienpensant à l’égard d’un fantoche puni encore et encore, humilié et amené à accepter cette humiliation parce qu’elle est justifiée au regard de préoccupations et de causes contemporaines.

C’est dire qu’Alerte rouge en Afrique noire est par trois fois anachronique et erroné : dans sa mise en scène, dans le regard porté sur son personnage principal et dans son humour. Une suite ratée.

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