Who's the commanding officer here ?

Avis sur Platoon

Avatar Chichilianne
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Comment juger objectivement une oeuvre qui nous a fasciné, et même façonné ?

Il y a des films comme ça qui influencent grandement votre façon de voir le monde, de l'appréhender. Ces films sont bien souvent ceux que l'on voit à un très jeune âge.

Si beaucoup de gens de ma génération ont compris la cruauté du monde à travers la trahison de Scar dans un Disney, de mon côté je l'ai comprise à travers les yeux de Chris Taylor, le personnage principal et voix-off de Platoon.

La nouvelle recrue qu'est Taylor est d'abord fasciné puis horrifié par son sergent chef, Barnes, capitaine Achab d'une section de soldats à bout de nerfs. Par la suite, il se tournera vers le sergent Elias, figure quasiment christique qui fait la guerre en tentant de conserver une once d'humanité.

Sans cesse, ces deux figures paternelles pour Taylor et pour le jeune spectateur que j'étais, vont s'affronter.

Cette dualité, qui se trouve dans le coeur de chaque homme, est tout sauf dépourvue de nuances. Ayant vu Full Metal Jacket au même âge, la présence dans les deux films du principe de "dualité de l'homme" -comme l'explique si bien Guignol dans FMJ- m'a toujours frappé.

Le monde a le visage scarifié d'un Barnes. Son coeur, trop grand, trop lourd, les épaules si frêles, les bras trop faibles pour atteindre la tranquillité des cieux sont ceux d'un Elias.
Chris Taylor, enfant de ces deux-là, est déchiré intérieurement et finit par se parer de la réalité du monde d'un Barnes pour servir l'idéalisme d'un Elias.

Le film, lui, choisit le réalisme, celui d'un empire américain qui envoie sa jeunesse ( pas n'importe laquelle ) se perdre dans un enfer qui n'était pas le leur mais le deviendra, malgré eux. Contrairement au film de Coppola ou celui de Cimino, le "romantisme" est ici évincé, ou plutôt épuré. C'est presque comme si il avait fallu attendre encore un peu pour délivrer les travers de cette guerre. Une guerre qui fera passer les Etats-Unis du statut de chevalier blanc du monde à celui de sombre criminel, amorce d'un déclin, à l'image de cette scène du village, véritable bascule du film.

"Who's the commanding officer here ?" demande le capitaine Willard à un soldat lors de la débâcle près du pont de Do Lung dans Apocalypse Now.

Si la citation n'est pas extraite du film d'Oliver Stone mais d'un autre film sur la guerre du Vietnam, elle lui colle pourtant parfaitement à la peau.

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