Aurait mérité une production plus fofolle.

Avis sur Portrait de la jeune fille en feu

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Il faut du temps pour rentrer dans ce Portrait de la jeune fille en feu (PDLJFEF), qui a des qualités mais aussi bien des défauts propres à ce qu'on s'imagine souvent du cinéma d'auteur.

Le sujet principal de PDLJFEF est la relation d'attraction-destruction entre le peintre et son modèle. On pourrait dire que c'est une version lesbienne de La belle noiseuse. Et d'ailleurs, sur la question du désir, sans doute la comparaison serait intéressante à prolonger, car PDLJFEF me semble plus nuancé et subtil en termes de séduction. Il faut dire que les hommes sont quasiment absents de ce film, c'est assez frappant.

Le film a tout de même des défauts au vu de ses ambitions. La production est somme toute assez modeste : une maison XVIIIe, un bord de mer, des costumes XVIIIe. La scène la plus couteuse a l'air d'avoir été celle de l'opéra. Et ce n'est pas un mal en soi, mais le film a une ambition plastique, or je ne l'ai pas trouvé si incroyable que cela. Il suffit de comparer toutes les scènes de littoral avec le moindre plan de Ma loute pour voir ce qui manque au film au niveau pictural.

Beaucoup de plans sont composés comme des tableaux, que ce soit dans les scènes nocturnes, dans les scènes diurnes d'extérieur ou celle d'intérieur. Et l'on peut y voir des influences de Vermeer, de De la Tour, de Turner, mais vraiment en clignant des yeux et en étant de bonne humeur. Les choix d'éclairage et de couleur auraient à mon sens gagné à aller encore plus loin.

Les personnages donnent au départ l'impression d'être très hiératiques et poseuses. On retrouve le goût de la parole rare et ambigüe d'un certain cinéma d'auteur, mais le son n'est pas de très bonne facture (notamment Noémie Merlant, qui mange certaines syllabes). C'est dommage, car les interprètes sont en dehors de cela très douées pour faire passer une gamme d'émotion derrière une expression faciale ou une posture. Mais le rythme est souvent fort lent, ce qui donne au film un ton un peu raide et emprunté. De même, il y a quelques allusions au gothic novel, mais cela n'est jamais développé.

Pourtant les thématiques sont loin d'être inintéressantes, car derrière la dénonciation du partiarcat qui oblige le modèle à se marier contre son gré, on trouve aussi le leit-motiv d'Orphée et d'Eurydice : Marianne fait le choix de vivre dans le souvenir du modèle dont elle sait que la société la séparera. Héloïse, elle, fait le choix de vivre pleinement sa douleur.

L'impression qui en ressort, c'est que ce film, très bien interprété, aurait gagné à avoir une production qui ose risquer davantage au niveau esthétique. En l'état, ce qui rend le film marquant, c'est seulement l'interprétation remarquable des deux principales protagonistes.

Synopsis
XVIIIe siècle, Bretagne. Héloïse, qui sort du couvent, doit se marier à la place de sa soeur qui s'est suicidée. La jeune femme refuse qu'on fasse son portrait pour ce mariage forcé. On demande à Marianne, peintre et qui a bénéficié d'une éducation plus libérale, de se faire passer pour sa servante afin de l'épier et de la peindre de mémoire. Marianne ressent de plus en plus de culpabilité.

Après avoir avancé dans le tableau, elle le brûle et révèle à Héloïse sa mission. Un nouveau portrait déplaît à Héloïse : Marianne le détruit ; pour empêcher qu'elle soit renvoyée, Héloïse accepte de poser. Mais le tableau doit être fini dans cinq jours, au retour de la mère.

Quand le chat n'est pas là, les souris dansent. Les deux filles aident la bonne à avorter avec des plantes. Elles assistent à une sorte de sabbat, au cours duquel une partie de la robe d'Héloïse prend feu. Elles finissent par s'embrasser. Héloïse est souffrante les jours suivants. La bonne se fait opérer salement par une faiseuse d'anges. Cela inspire un tableau à Marianne, qui fait poser la bonne et sa maîtresse.
Le tableau est fini, Marianne est payée, les deux amantes se séparent et Marianne fait le choix de vivre dans le souvenir. Elle voit dans une exposition un tableau d'Héloïse posant à côté d'un enfant. Elle la revoit de loin à l'opéra, qui pleure en écoutant Vivaldi dont Marianne lui avait joué un passage au clavecin.

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