Eric Judor est l'un des rares, voir le seul artiste français, à me donner envie de me rendre dans les salles sur sa seule présence. Depuis l'irrésistible La Tour Montparnasse jusqu'au déplorable La Tour 2 contrôle infernale, il réussit presque à chaque fois, à me faire sourire et rire à travers ses personnages particuliers. Avec Platane, il a su évoluer et surprendre avec un individu plein de mauvaise foi créant souvent le malaise. Ce virage se confirme avec le sympathique Problemos.
Un couple de parisiens matérialiste en milieu naturel. Victor (Eric Judor) et Jeanne (Célia Rosich) vont se retrouver face à des gens vivant dans la ZAD (Zone à défendre), c'est le ressort comique de l'histoire. Le principe est toujours le même : on jette des personnes dans un contexte en décalage avec leurs personnalités et on attend de voir comment cela va se dérouler. Cela ne fonctionne pas toujours, comme dans une expérience, il faut essayer encore et encore, avant d'avoir la bonne réaction. L'alchimie fonctionne très bien dans sa première partie avec un Eric Judor en très grande forme dans sa mauvaise foi, son attirance pour Maeva (Claire Chust) une clone de Nabilla et ses vannes à l'encontre des marginaux vivant en ce lieu. Puis doucement, il va se faire rare en laissant la place à un psychopathe (Eddy Leduc), un clochard pseudo chaman (Bun Hay Mean), une exhibitionniste de la poitrine (Dorothée Pousséo), le chef à la coupe de mulet (Michel Nabokov), un mec à lunettes faisant des liaisons inappropriées (Marc Fraize), un génie fendard (Youssef Hadji), une bimbo (cf Nabilla) et une en manque de sexe (Blanche). Il y a de quoi s'amuser, mais sans le boss du game du malaise, cela perd un peu de son humour et le rythme en prend un sale coup.
C'est le seconde réalisation d'Eric Judor au cinéma. Après La Tour 2 contrôle infernale, il confirme ses difficultés derrière la caméra. C'est souvent bancal, cela ressemble à une suite de sketchs et la fin est brutale. Ce n'est pas dans ce domaine qu'il brille, mais devant la caméra pour camper à nouveau un homme désagréable, mais drôle. On s'amuse devant ses réactions et propos. On se régale lors d'une réunion auquel il assiste et qu'il tente de quitter plusieurs fois, surtout lorsque le sujet des règles est abordée. On retrouve un Eric Judor à l'aise dans un rôle sur mesure au sein d'une histoire écrite par Blanche. D'ailleurs, elle s'offre aussi un rôle savoureux, s'enflammant constamment contre Babylone, tout en cherchant un partenaire pour calmer sa libido en très grand manque affectif. En fait, c'est toute une galerie de personnages qui va nous amuser durant près d'une heure et demie.
C'est loufoque, il y a de la bonne vanne et de l'absurde. Les contradictions des idées et mode de vie de chacun sont pointées du doigt, en évitant de juger ou de nous faire la morale. Cela ressemble plus à une suite de sketchs, le film étant d'ailleurs découpés en chapitres. Cela rend l'ensemble souvent foutraque et bancal, mais surtout il y a cette fin inaboutie démontrant la difficulté des auteurs à conclure dignement l'histoire.
Le film est parfait pour se détendre et assouplir ses zygomatiques. Les personnages sont assez barrés pour nous satisfaire, mais l'ensemble manque de cohérence et rythme. C'est assez inégal, mais Eric Judor démontre à nouveau sa faculté à m'exploser de rire, ce qui n'est pas donné à tout le monde. Un jour son génie sera reconnu et je serai ravi de lui remettre la légion d'honneur avec Bill Murray.