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Une satire ne fonctionne généralement qu'à la condition de s’appuyer sur un fond de vérité, de pénétrer dans les derniers quartiers de la caricature sans jamais l’outrepasser. Elle épaissit les traits sans les trahir, contrebalance une certaine stéréotypisation des individus et des comportements par des situations plus tempérées, des protagonistes moins outranciers, une mutation de l'ordinaire n'opérant que par petites touches, le plus souvent graduellement. Problemos ignore ce modus operandi à tel point qu'on serait bien en peine de faire pire. La liste des clichés dont se gorge le film est aussi longue que la 5ème avenue de New York : dans la ZAD où Éric Judor pose sa caméra, quand on ne discourt pas à propos des tampons hygiéniques, des vaccins, de la communication non violente ou de l'électrosensibilité, on s'époumone en scandant des slogans creux, dévoile sa poitrine en guise de protestation ou affirme sans autre forme de procès qu'un chien détient la primauté sur l'homme ou que l'école « reproduit les inégalités et diffuse la culture bourgeoise ». Tout y passe, et pas avec la plus grande des finesses : la question du genre, celle des prénoms, la « bulle de consommation » dans laquelle vivent les Occidentaux, le cycle menstruel – dont on loue les mérites en rythme et en vers ! – et même le calendrier grégorien, réinventé parce que « lundi, mardi... c’est pas un peu Babylone quand même ? ». En réalité, tout semble indiquer que Problemos se moque comme d'une guigne de son objet. Il y a probablement moins d'intelligence collective dans la communauté zadiste mise en scène par Éric Judor que dans une foire locale du tracteur tuning. C'est dire.


Mieux mené, le projet aurait pourtant pu faire mouche. L'effet de contraste recherché en greffant une famille ordinaire à la société zadiste donne d'ailleurs lieu à plusieurs moments réussis : on observe l'individu-consommateur réémerger sans cesse et négocier par exemple un créneau de quinze minutes afin d'utiliser son téléphone portable ; on le voit ensuite s'épancher publiquement presque sans s'en rendre compte ou tenter d’exploiter la naïveté d’une adolescente pour coucher avec elle, en lui faisant miroiter une victoire à un jeu télévisé qui n'a jamais existé ; on assiste enfin à tous ces instants où il trébuche sur des conventions sociales qu'il ignore et peine à appréhender. S'ils avaient été portés plus judicieusement, le comique de répétition (Babylone ceci, Babylone cela, « C’est tellement Babylone les funérailles. ») et la dénonciation d'une certaine hypocrisie dans le chef des militants zadistes auraient eux aussi été de nature à rendre l'entreprise meilleure, ou du moins plus supportable. Il y avait pourtant quelques idées attrayantes avec cette ostracisation paradoxale des clochards et des malades ou cette reproduction, certes mineure, de ce qu'on attend habituellement du confort capitaliste, à travers un chalet douillet pourvu d'eau chaude et d'électricité. Ces réjouissances épisodiques et ébauches inachevées ne résistent cependant ni aux lieux communs ni aux nombreux trous d'air du scénario, dont la « pandémie chimique », laissée en jachère, presque inutile, représente sans doute l'exemple le plus frappant.

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le 16 oct. 2017

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