👉 20 mai : Mise à jour de notre journal de bord (qui devient hebdo)
Le bilan de la nouvelle version du site est accessible ici.

Les occasions de ressentir un soupçon de frémissement de début d’envie étant suffisamment rare face à la comédie française, et Eric Judor étant capable de m’arracher un sourire même dans des pubs pour EDF, je lui ai laissé sa chance sur son 1er long métrage solo. (Au passage, bonne idée d’avoir laissé son pote Ramzy du côté des humains qui meurent tous dans cette bouffonnade de fin du monde, sa dernière prestation en date, dans l’ouverture de la seconde saison de 10% le rangeant du côté Mimi Mathy de la force).

Problemos s’attaque donc au monde folklorique des zadistes, activistes écolos dont le potentiel à clichés caricaturaux est aussi fertile que leur compost bio. La satire est féroce, les vannes souvent drôles, la question permanente étant de savoir si « ça ne fait pas trop Babylone », aka monde réel de la surconsommation polluante. Certes, les coutures de la comédie sont par trop lisibles : la galerie de portraits, le regard du nouveau venu (Judor) les conflits de générations, de sexe et de classe, tout y passe. Tous les gags ne font évidemment pas mouche, et l’on éprouve à plusieurs reprises cette sensation d’être face à un bout-à-bout de teasers dont l’unité de certains est optimale.

Si Judor parvient à tirer son épingle du jeu, ce n’est pas grâce au renfort de l’absurdité ou de la débilité franche dont il est coutumier, et qui accusait de sévères limites dans sa dernière Tour 2 contrôle infernale ; c’est plutôt du côté de la méchanceté qu’il puisera son talent (même si, précisons-le, il n’est pas scénariste du film). Si les échanges opposent des conceptions, leur dynamique s’emploie surtout à révéler la médiocrité de chacun, et l’incorrigible nature humaine qui, récrivant Rousseau, recommence invariablement les mêmes erreurs. Le traitement fait au noir, au clochard, la concupiscence à l’égard d’une Lolita dresse le portrait d’un homo erectus bien incapable de se donner une nouvelle chance. Cette satire en forme de conte philosophique sans prétention, alliée à quelques vannes bien senties sur les limites d’un discours antisystème (belle idée que celle de L’enfant qu’on n’identifie pas avant qu’il ne rencontre son prénom et son sexe, ou lors de la création d’un nouveau calendrier aux sonorités improbables) empêchent l’ennui et un désintérêt pour la relative paresse du récit général.

Face à la Babylone de la comédie française, où règnent les dictateurs Clavier et Boon, on peut saluer la résistance du zadiste Judor, qui sans provoquer le Grand Soir, permet quelques respirations.

Sergent_Pepper
6
Écrit par

il y a 5 ans

137 j'aime

7 commentaires

Problemos
Cultural_Mind
3
Problemos

Aux frontières du réel

Une satire ne fonctionne généralement qu'à la condition de s’appuyer sur un fond de vérité, de pénétrer dans les derniers quartiers de la caricature sans jamais l’outrepasser. Elle épaissit les...

Lire la critique

il y a 4 ans

43 j'aime

7

Problemos
Moizi
5
Problemos

C'est facile d'être féministe !

Je ne sais pas si on ne me l'avait pas un peu survendu ce Problemos, mais je suis assez déçu. Je ne savais quasiment rien du film, juste que ça se moquait un peu de certains aspects du féminisme un...

Lire la critique

il y a 3 ans

22 j'aime

Problemos
wante-mandret
5
Problemos

A moitié drôle ou drôle à moitié ?

L'irruption d'une famille de plus que bobo dans une communauté de zadistes isolés nous vaut dès le début du film un tsunami de répliques cruelles et acides qui font mouche. Judor y distille un humour...

Lire la critique

il y a 4 ans

18 j'aime

2

Lucy
Sergent_Pepper
1
Lucy

Les arcanes du blockbuster, chapitre 12.

Cantine d’EuropaCorp, dans la file le long du buffet à volonté. Et donc, il prend sa bagnole, se venge et les descend tous. - D’accord, Luc. Je lance la production. On a de toute façon l’accord...

Lire la critique

il y a 7 ans

706 j'aime

103

Once Upon a Time... in Hollywood
Sergent_Pepper
9

To leave and try in L.A.

Il y a là un savoureux paradoxe : le film le plus attendu de l’année, pierre angulaire de la production 2019 et climax du dernier Festival de Cannes, est un chant nostalgique d’une singulière...

Lire la critique

il y a 3 ans

646 j'aime

46

Her
Sergent_Pepper
8
Her

Vestiges de l’amour

La lumière qui baigne la majorité des plans de Her est rassurante. Les intérieurs sont clairs, les dégagements spacieux. Les écrans vastes et discrets, intégrés dans un mobilier pastel. Plus de...

Lire la critique

il y a 8 ans

578 j'aime

53