Bliss is the end

Avis sur Problemos

Avatar Sergent Pepper
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Les occasions de ressentir un soupçon de frémissement de début d’envie étant suffisamment rare face à la comédie française, et Eric Judor étant capable de m’arracher un sourire même dans des pubs pour EDF, je lui ai laissé sa chance sur son 1er long métrage solo. (Au passage, bonne idée d’avoir laissé son pote Ramzy du côté des humains qui meurent tous dans cette bouffonnade de fin du monde, sa dernière prestation en date, dans l’ouverture de la seconde saison de 10% le rangeant du côté Mimi Mathy de la force).

Problemos s’attaque donc au monde folklorique des zadistes, activistes écolos dont le potentiel à clichés caricaturaux est aussi fertile que leur compost bio. La satire est féroce, les vannes souvent drôles, la question permanente étant de savoir si « ça ne fait pas trop Babylone », aka monde réel de la surconsommation polluante. Certes, les coutures de la comédie sont par trop lisibles : la galerie de portraits, le regard du nouveau venu (Judor) les conflits de générations, de sexe et de classe, tout y passe. Tous les gags ne font évidemment pas mouche, et l’on éprouve à plusieurs reprises cette sensation d’être face à un bout-à-bout de teasers dont l’unité de certains est optimale.

Si Judor parvient à tirer son épingle du jeu, ce n’est pas grâce au renfort de l’absurdité ou de la débilité franche dont il est coutumier, et qui accusait de sévères limites dans sa dernière Tour 2 contrôle infernale ; c’est plutôt du côté de la méchanceté qu’il puisera son talent (même si, précisons-le, il n’est pas scénariste du film). Si les échanges opposent des conceptions, leur dynamique s’emploie surtout à révéler la médiocrité de chacun, et l’incorrigible nature humaine qui, récrivant Rousseau, recommence invariablement les mêmes erreurs. Le traitement fait au noir, au clochard, la concupiscence à l’égard d’une Lolita dresse le portrait d’un homo erectus bien incapable de se donner une nouvelle chance. Cette satire en forme de conte philosophique sans prétention, alliée à quelques vannes bien senties sur les limites d’un discours antisystème (belle idée que celle de L’enfant qu’on n’identifie pas avant qu’il ne rencontre son prénom et son sexe, ou lors de la création d’un nouveau calendrier aux sonorités improbables) empêchent l’ennui et un désintérêt pour la relative paresse du récit général.

Face à la Babylone de la comédie française, où règnent les dictateurs Clavier et Boon, on peut saluer la résistance du zadiste Judor, qui sans provoquer le Grand Soir, permet quelques respirations.

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