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Les films d'Antonioni se divisent en deux catégories : ceux tournés en Italie et ceux tournés en dehors de l'Italie, ce film appartient à la seconde catégorie. Tout démarre dans le désert lorsque David Locke, reporter britannique lassé de sa vie et de la routine qui l'accompagne, découvre son voisin décédé. Il décide d'usurper son identité et devient Robertson, par ce procédé il espère découvrir une nouvelle vie et se sentir revivre. Mais Robertson est un marchand d'arme.

Antonioni aborde des thèmes qui seront repris plus tard par Jim Jarmusch, c'est-à-dire l'ennui, la solitude, la routine de la vie quotidienne, la perception du monde. Comme le dit l'entretient entre les deux hommes au début du film ce ne sont pas les paysages qui se ressemblent tous et qui sont ennuyeux mais la vision que les hommes ont et qui finissent par s'habituer et s'ennuyer du monde qui les entoure. Cet entretien est le point de départ de toute la réflexion du film, pour renouveler cette vision il suffit de changer de vie et de voir ce qu'il se passe. Donc Locke –Nicholson change de vie et parcours l'Europe, fuyant tour à tour des trafiquants, des agents secrets et son ex femme. En chemin, il rencontre une étudiante en architecture jouée par Maria Schneider, actrice toujours aussi magnétique.

Une image revient deux fois dans le film, pour moi elle est représentative du message que tente de faire passer Antonioni : A Barcelone, Locke est dans un funiculaire et se met à la fenêtre et étend les bras comme un oiseau qui voudrait s'échapper de sa cage. Plus tard, Maria Schneider à bord d'une décapotable, le fait aussi et l'affiche du film représente Nicholson dans cette position. Le film montre des grands espaces comme le désert, symbole d'une grande liberté et à l'inverse les bâtiments construits par Gaudi qui sont de vrais labyrinthes où l'on peut se perdre. Les hommes sont prisonniers de la routine, des endroits où ils vont régulièrement, la liberté ne se mesure pas de manière quantitative. Locke se sent prisonnier dans le désert, tel un homme en prison. Même après avoir changer de vie, il ne parait jamais plus heureux, il ne parait jamais vraiment apprécié ce qui l'entoure.

Cette quête prend fin avec une autre histoire racontée : un homme aveugle subit une opération pour recouvrer la vue, au début il est heureux découvre les couleurs, savoure sa nouvelle vision du monde. Et puis tout devient terne, sans intérêt, il trouve le monde laid, il déprime et finit par se suicider.

Locke est cet aveugle. La fin est terriblement pessimiste car si changer de vision n'aide pas les hommes à se sentir libre et à retrouver une beauté perdue et d'échapper à la laideur du monde. Y a-t-il une autre solution ? Le monde est il lui-même laid par nature et finalement la période où le monde apparaît beau n'est qu'une période d'adaptation avant la vérité ultime ?

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