Vous connaissez Barry Egan ?

Avis sur Punch-Drunk Love, ivre d'amour

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Paul Thomas Anderson voulait briser les codes de la Comédie romantique, y passer outre pour proposer une vision plus onirique, plus étrange et mystique voire transcendantale, tel l'amour lui-même. Chose promise, chose due. Arborant fièrement sa caméra tel l'épée d'un chevalier, il nous façonne un petit bijou d'exaltation, et y implante une dose d'innovation technique pour couronner le tout.

Car si Punch-Drunk Love est considéré comme le maillon faible de sa filmographie, le monde a peut-être voulu juger ce dernier trop tôt, sans y prêter réelle attention, se disant que "de toute façon c'est nul parce que tout le monde le dit" pour se réconforter. Oui, car si l'on taille la pierre un peu plus on y découvre une vraie caverne à idées. Certes, tout le monde remarque que Thomas Anderson use de ses habituelles manies en bombardant le spectateur de plans-séquences magistraux pour impressionner, mais qui a constaté que le choix de la musique, détesté de tous pour son décalage consternant avec le film, est finalement bourré de subtilité, ou encore que ces fameux plans-séquences avaient un sens bien précis ?

Pour cela, il faut d'ores et déjà comprendre que Punch-Drunk Love gravite autour de Barry tout comme la Terre autour du Soleil. Le propos principal du film n'est pas l'amourette à première vue clichée que le synopsis vous dévoile, mais de comprendre Barry. Et c'est à partir de là qu'il en devient presque élitiste, car pour comprendre un homme aussi absurde il faut avoir vécu la même situation, celle d'être complexée, de ne pas bien saisir les codes factices de la société, d'être manipulé ou encore d'être le pantin de ses frères et sœurs. Tout cela, c'est Barry, un homme que l'on qualifierait d'autiste car peut-être trop différent, mais qui cherche désespérément de l'aide. Et cette aide proviendra de Lena elle-même.

Thomas Anderson étudie Barry, le méprise quelque fois en montrant la difficulté qu'il a à agir "normalement", mais il lui fait également gagner un regain d'intérêt à d'autres moments en y implantant subtilement un comique de situation que le spectateur trouvera peut-être malsain, mais qui fera inévitablement son effet. En quatre-vingt dix minutes, il magnifie Adam Sandler et lui ouvre les portes de la célébrité. Ce dernier regrettera par ailleurs probablement de ne pas avoir eu la chance de trouver de telles opportunités par la suite. Si Punch-Drunk Love avait été rebaptisé "Le monde de Barry", le public y aurait sûrement trouvé plus de cohérence, car c'est presque une mémoire à cet étrange personnage que le film lui dédie. Il vit dans un autre monde, s'énerve pour un rien, sonne différemment, agit d'une façon différente. Cet amour dont il en sera ivre lui permettra de trouver enfin une place dans cette société cruelle.

Mais qui aura remarqué les différentes astuces de réalisation utilisées ? Car Punch-Drunk Love pourrait être un guide à trouvailles, une véritable mine d'or d'ingéniosité. Sa prestigieuse mise en scène lui vaudra en effet un prix amplement mérité. Qui aura remarqué que la musique s'accentue quand Barry est déstabilisé, perdant pied, quand toute la misère du monde lui tombe dessus lorsqu'il doit gérer à la fois sa relation amoureuse, ses problèmes financiers ainsi qu'une organisation qui tente coûte que coûte de l'escroquer ? Cette musique presque inaudible s'étend, prend son effet et ne s'arrêtera pas tant que Barry ne sera pas tranquille. Cette dernière, totalement absurde voire paradoxale, l'est comme toute le reste du film : Sa relation, lui-même ou l'apparition soudaine d'un mystérieux piano.

Punch-Drunk Love n'est pas à prendre ni à traiter comme une simple Comédie romantique qu'on regarde le Dimanche soir parce que le lendemain c'est le boulot, c'est un film à analyser pour le consommer entièrement, qui vous semblera à première vue absurde mais qui le désire totalement. Une œuvre qui vous fera parfois rire, vous rendra anxieux ou encore méprisant. Mais ne perdez pas de vue que tout cela, c'est voulu.

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