Le réalisateur Mikhaïl Kalatozov et son directeur de la photo Sergueï Ouroussevski forment un véritable « couple de cinéma », tout comme, par exemple, Jean-Luc Godard et Raoul Coutard. Ils ont réalisé au moins trois chefs-d’œuvre : Quand passent les cigognes en 1957, La lettre inachevée en 1960 et Soy Cuba en 1963. Ces trois films se caractérisent par une forme extrêmement originale, une photo splendide, des plans séquences d’une grande complexité et des mouvements de caméra d’une grande fluidité. Quand passent les cigognes, qui a obtenu, à juste titre, la palme d’or au festival de Cannes en 1958, est un film d’un romantisme et d’un lyrisme flamboyants et échevelés. Il contient de multiples morceaux de bravoure cinématographique : l’adieu matinal dans l’escalier, le départ pour la guerre, le viol pendant les bombardements, la découverte par Veronika de sa maison complètement détruite, la mort de Boris, la fuite de Veronika après le discours de l’hôpital, la scène finale des fleurs sur le quai de la gare. Caméra virevoltante, splendides travellings, cadrages obliques, profondeur de champ, tout cela étonne dans un film soviétique des années 60. « La mise en scène est d’une virtuosité stupéfiante, riche, aux longs mouvements d’appareils quasiment inexplicables, tel celui qui, en un seul plan, nous montre Veronika à l’intérieur d’un autobus en marche, la précède lorsqu’elle descend dans la rue et qu’elle se fraie un chemin à travers la foule, pour ne la quitter enfin que quand elle court dans l’avenue, au milieu des tanks qui partent vers le front. » François Truffaut (Arts n° 669, 7 – 13 mai 1958). Mais cette virtuosité n’est pas purement gratuite, elle se marie parfaitement avec le fond du film et, ce qui est particulièrement étonnant, elle ne nuit jamais à la sincérité et à la force des sentiments. Le film contient aussi de superbes scènes d’intimité dans lesquelles Tatiana Samoïlova (Veronika), elle aussi justement récompensée par une mention spéciale d’interprétation, est splendide de grâce et d’intériorité. Le film se trouve chez l’éditeur Potemkine dans une très bonne copie.