Indiana “Wonka” Jones 2045

Avis sur Ready Player One

Avatar Flavien Delvolvé
Critique publiée par le

On a eu peur. On a eu très peur. Mais Ready Player One nous donne une leçon qu’il faudra méditer et conserver au plus profond de nous : toujours faire confiance à papy Spielberg.
En 2045, le monde est en proie au chaos. Les mobil-homes s’empilent à la suite de différentes crises économiques et écologiques. Pour échapper à la misère de ce monde sur la voie de la perdition, l’humanité se réfugie dans l’OASIS, un monde virtuel où tout le monde peut ressembler à qui il veut, vivre la vie qu’il veut et ne plus avoir à survivre. Le créateur de ce monde, James Halliday, est mort. Dans son testament, il décide de léguer son entreprise et toute sa fortune à celui qui trouvera l’Easter Egg dissimulé dans l’OASIS. Le jeune Wade Watts décide alors de tenter cette chasse au trésor, mais il n’est pas le seul…
Spielberg nous offre ici une forme d’aboutissement de son oeuvre, comme une sorte de dernier coup de théâtre.
On va passer rapidement sur les aspects techniques. C’est beau. C’est très très beau. Tout le monde est d’accord pour dire que Spielberg est un réalisateur visionnaire et à 71 ans, le bonhomme se permet des choses qui semblaient impossibles il y a encore une semaine. On regarde les images défilées, sans qu’une seule idée parasite ne nous obstrue l’esprit, avec des yeux d’enfants. Le cinéma de Spielberg est peut-être la seule entité qui nous rend pour 2h notre âme d’enfant, au même titre que Star Wars ou Pixar. Tout est si aérien, si léché. Mais pas léché au sens d’un blockbuster Marvel (on utilisera plutôt les termes lisse et pâle pour ceux-là), tout est juste, intelligible malgré le nombre de références invraisemblables. On a plusieurs séries de plans composés bluffantes (les plongeons de caméra dans les scènes de batailles, les plans séquences qui s'enchaînent dans la scène d’intro, la course poursuite à la fin du film,...) où la rupture semble très proche sans jamais être atteinte. Tout semble si improbable, inaccessible, impossible, comme dans un jeu vidéo finalement.
Oui, Spielberg nous fait rêver et nous partage ses propres rêves. C’est d’ailleurs un des thèmes du film. L’OASIS est une machine à rêve. Comme nos rêves, c’est un moyen d’évasion dans lequel on se réfugie pour oublier le monde réel. Alors les protagonistes oublient, et on oublie avec eux. Le héros Wade Watts, cet élu à la “Charlie et la chocolaterie”, fait comme les autres. Il se crée une vie pour devenir quelqu’un dans un autre monde, un monde de rêve. Sauf qu’ici, le rêve devient presque réel. La barrière pour franchir la frontière rêve/réalité semble très fine, mais Spielberg nous rappelle qu’elle est indestructible et que si le rêve est indispensable à la réalité, celle-ci doit rester au-dessus. Et alors tonton Steven nous pose une question : pourquoi ne pas faire de la réalité le terrain de jeu de nos rêves, le lieu de leur concrétisation ? Lui l’a fait avec tout ses films et avec Ready Player One peut-être encore plus que les autres. Alors avec cette sorte de parcours initiatique, il nous fait revivre nos rêves et redécouvrir la réalité avec ses bons et ses mauvais côtés, sa monotonie et sa tristesse face au caractère irremplaçable du contact humain et de la famille (on retrouve d’ailleurs cette citation de Mark Twain dans le film “No man is a failure who has friends” “Aucun homme qui a des amis n'est un raté”, une citation que l’on entend également à la fin de “La vie est belle” de Capra). Il nous interroge bien sûr sur la place du numérique et des nouvelles technologies aujourd’hui mais à travers cela, il nous avertit sur le fait de nous enfermer dans nos rêves et de perdre l’essentiel. Et en cela, le personnage de James Halliday peut-être vu comme l’avatar de Spielberg qui nous dit "merci d'avoir joué à mon jeu"(l’idée que Spielberg meurt demain et nous dévoile qu’il a caché des oeufs de pâque dans tous ses films pour léguer son oeuvre à celui qui les trouvera est assez alléchante), tout en étant une référence évidente à Steve Jobs.
La référence, c’est aussi la pierre angulaire du film. Beaucoup ont accusé le surplus de références du film qui s'ancre dans un scénario simpliste et manichéen aux enjeux grossiers. Je pense qu’il faut alors distinguer plusieurs choses dans cette critique. Tout d’abord un scénario simple et un scénario simpliste. On avait beaucoup reproché à “Mad Max: Fury Road” d’avoir un scénario simpliste. Mais rien ne dit qu’un bon film exige forcément un scénario lynchien à la métaphysique tarkovskienne. Ready Player One, au même titre que le dernier Mad Max, a un scénario simple certe, mais pas simpliste, à savoir qu’il est loin de s’enfermer dans les clichés et dans les facilités d’écritures mal ficelées. Mais les Indiana Jones ont aussi des scénarios simples, comme Star Wars, et portent également un manichéisme poussé (les méchants nazis et le côté obscur de la force). Alors pourquoi blâme-t-on Ready Player One à ce niveau-là? Tout simplement parce qu’il est plus neuf, plus original, plus fou que les autres. Il faut aussi distinguer la référence pour la référence (dans une forme de fan-service) à la référence tout court. Bien sûr que ce film est ultra-référencé mais avant tout pour le service de l’intrigue et du message qu’il porte. Le film prend une dimension presque interactive avec le spectateur qui prend les références qu'il peut, qu'il veut, et qui finalement est loin de se perdre dans ce flot de références. Et puis il est loin d’être un film pour “geek”. La culture “geek” n’est pas la culture populaire. La plupart des références proviennent de films qui sont entrés dans la culture populaire (Retour vers le futur, Jurassic Park, King Kong,...) et Spielberg les introduit d’ailleurs avec une certaine autodérision mais aussi un certain respect, comme un hommage nostalgique. Et ce point rejoint d’ailleurs le début de cette petite analyse : Spielberg est celui qui peut tout se permettre. Il restera celui qui a fait se combattre un robot-Godzilla avec le Géant de fer, qui a organisé une course de voiture où les voitures de Mad Max, Retour vers le futur, ou encore la Batmobile s’affronte dans un New-York virtuel en train d’être détruit par King Kong et un T-Rex, mais surtout qui a fait rencontrer des samouraïs et des zombies dans l’hôtel Overlook de Shining. Il se permet tout, et est le seul à pouvoir le faire.
Tout ça pour dire qu’à 71 ans, Steven Spielberg a ringardisé tous les blockbusters de l’ère numérique (au même titre que Mad Max ou, même s’il est moins (trop peu) reconnu, Pacific Rim). Il a, je l’espère, réalisé le film générationnel des années 2010 et peut-être même au delà. C’est un film fédérateur, un film frappant, un film fou, un film fracassant, un film flamboyant, un film fabuleux, bref, un film qui, grâce à son adjectif, porte des initiales aux deux lettres identiques tout comme Peter Parker, Bruce Banner, et maintenant Wade Watts.

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