Un De Pama en roue libre, en direct et politisé

Avis sur Redacted

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Redacted est de cette poignée de films qui ont cherché à illustrer le conflit en Irak, comme Green Zone ou Démineurs de Bigelow. Il a suscité la polémique et les quolibets, en plus d’être boudé par le public américain à une heure où De Palma venait d’essuyer un nouveau revers avec son Dahlia Noir. Le film a été tourné en dix-huit jours en Jordanie et se présente sous la forme d’une compilation documentaire.

Comme dans Outrages, De Palma s’intéresse aux exactions de soldats américains, détachés de leur mission et des ordres, maîtres en totale insécurité. Nous nous installons dans la section, au travers des caméras de certains soldats, notamment celle d’un aspirant cinéaste.

Ce dispositif induit un cinéma de l’immédiateté, générant pour De Palma un paradoxe dont il s’acquitte avec brio. Son cinéma a toujours été virtuose, immersif mais souvent sans perspective, comme si la scène parfaite, vécue à fond, suffisait en elle-même. C’est toujours un cinéma ne connaissant que le présent exploré à fond, ou alors aucun ancrage temporel rationnel (Obsession). Et Redacted se vit aussi de cette façon.

Plus spontané et faussement amateur en raison du principe de mise en scène, Redacted est l’occasion pour De Palma de laisser-faire son propre style, cette fois sans avoir à insuffler du sens ou de continuité symbolique. L’action les détermine. Sa caméra toute-puissante se trouve prise dans un processus tributaire des lois du Net où les images défilent sans aucune solennité, avec la crudité du réel vrai, celui dont les séquences sont sans calcul ni destin manifeste.

À l’instar de Cloverfield, c’est une expérience valable "à chaud", mais ce manque de vocation pèse au film ; tant qu’on y croit et le suit, il tient debout, dès qu’il est terminé, il n’est plus rien. Sauf que et c’est la première fois, Redacted est un film engagé de la part de De Palma. Le film se transforme doucement en réquisitoire, devient une démonstration et s’achève sur une irruption de la réalité hors-cinéma et hors-médias, avec des photographies des dommages collatéraux sur les civils irakiens. La démarche est signée : transparente, droit au but, entière.

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