Difficile de rester insensible devant un sujet aussi humain que la mort et la possibilité de l’utiliser pour prolonger la vie.
“Réparer les vivants” tire sur la corde sensible en mettant en parallèle deux destins, celui d’un jeune de 17 ans qui va mourir et celui d’une cinquantenaire qui va pouvoir vivre grâce à la disparition du premier. Ou comment l’injustice d’une vie envolée trop tôt va pouvoir donner un nouveau départ à celle qui estime avoir déjà bien vécu.
On sait avant de venir que ce sera le thème du film, alors on s’attend forcément à être retourné, surtout quand on en a entendu beaucoup de bien.
Sauf que ça peine à démarrer: on a l’impression que le film se regarde le nombril avec des plans dans la mer, où les surfeurs passent au dessus des vagues qui couvrent la caméra et où on perd de vue nos héros, comme un avant goût de ce qui nous attend.
Ça pourrait être une bonne idée, mais c’est trop balourd pour réellement être pertinent, trop appuyé pour réellement toucher. C’est comme si au bout de l’allée du cinéma, une boite de mouchoirs géante nous attendait pour nous prévenir qu’on avance vers un moment fatidique.
Ça a beau être joliment fait, c’est trop voyant.
Par contre l’accident en lui-même est mieux amené, sans en montrer trop, avec plus de subtilité que les 10 minutes qui l’ont précédé.
La suite peine aussi: la photographie est pâle, froide, le décor du Havre n’aide pas à réchauffer l’ambiance, sans parler du sujet évidemment.
Il aurait été difficile de faire un film ultra coloré pour dire qu’un jeune est en train de partir, mais avec cette débauche de vide, on a l’impression d’un surlignage trop marqué.
C’est comme si sur une affiche on nous mettait un commentaire en ultra grands caractères, gras, rouges, soulignés et surlignés.
A trop en faire on perd en efficacité.


Pourtant il est touchant ce jeune Simon quand on le voit à travers quelques flash backs, et on aimerait vraiment le connaître, on a conscience de la tragédie vécue par la famille, mais ça s’arrête là malheureusement.
A l’autre extrémité, les passages sur Anne Dorval sont mieux dosés, peut être parce que l’issue pourrait être positive là où il n’y a plus rien à espérer pour Simon.
Les acteurs y sont meilleurs aussi, parce qu’il faut bien dire que Kool shen apparaissait peu en première partie mais en faisait des tonnes, enfonçant un peu plus le clou du “tu vois pas que c’est triste bordel!”.


Et puis d’un coup on y est, sans crier garde (alors que tout nous orientait vers ça depuis le début), on bascule dans un moment de grâce:
C’est l’opération, le point d’orgue du film, le pourquoi du comment, la réparation.
On débarque alors dans une salle d’opération façon “urgences”, avec vue imprenable sur ce palpitant objet du film, mais on n’en demandait pas tant… Etait-il nécessaire de montrer le coeur? Peut-être, pour montrer de quoi on parle, pour nous ramener à la pratico pratique réalité, pour rappeler l’exploit que représente une greffe de cœur, mais c’est déstabilisant de se retrouver dans l’envers du décor si crûment.
Et là un peu bêtement, on se prend à s’émouvoir quand l’opération est suspendue quelques instants et que Tahar Rahim vient parler à Simon pour l’ultime au revoir.
Une scène simplement belle, et hautement symbolique.
Un moment suspendu qui justifie à lui seul le reste du film, et qui vient nous rappeler qu’en fin de compte oui, on est quand même un peu humain. (c’est que je commençais à douter de mon potentiel empathique moi).


N’empêche qu’il aura fallu attendre pour que le film touche réellement le coeur, et à côté de ce court passage, toutes les autres incartades dans l’émotion avaient un arrière goût de forcé, un manque de naturel.


On ressort de la salle un peu patraque, perdu parce que si le traitement laisse à désirer, le sujet mérite qu’on s’y attache, et met en avant la difficulté pour des parents de devoir simultanément perdre leur enfant et décider pour lui d’un ultime don, et la nécessité pour d’autres que de telles décisions soient prises.
Facile de se convaincre de l’utilité du don, difficile de s’imaginer dans la peau de ceux qui doivent faire le choix alors qu’ils ont à peine le temps d’envisager la perte.
A priori la législation devrait évoluer en remplaçant la présomption de refus de don par l’inverse: en cas de silence, on est présumé accepter le don. Une lueur pour les malades sur liste d’attente, un soulagement pour les familles qui n’auront plus la charge du choix? Sans doute pas pour toutes, mais il n’existe pas de réponse parfaite à des situations complexes.

iori
6
Écrit par

Créée

le 10 nov. 2016

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