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Avis sur Samedi soir, dimanche matin

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Bien avant que Ken Loach ne débarque et devienne la figure de proue du cinéma social britannique, il y a eu le Free Cinema et plus particulièrement "Saturday night and sunday morning" de Karel Reisz.
Si le mouvement précité, que l'on compare généralement à la Nouvelle Vague, est souvent empreint d'une démarche politique, le film de Reisz semble avoir des ambitions bien plus modestes en se contentant, si je puis dire, de décrire de la manière la plus réaliste possible le monde prolétaire au quotidien. Œuvre hommage plus qu'engagée, "Saturday night and sunday morning" a néanmoins le mérite de poser les bases d'un cinéma qui ne cessera de s’accroître et qui donnera rapidement des œuvres bien plus abouties comme "The Loneliness of the Long Distance Runner" de Richardson (qui est ici à la production). Alors même s'il n'a rien de très exaltant, "Saturday night..." possède en lui une fraîcheur et une singularité qui le rendent encore aujourd'hui très agréable à regarder. Finalement, le grand désavantage de ce film, semble être le costume de chef-d'œuvre qu'on lui a taillé par la suite et qui apparaît un peu trop grand pour lui.

Car si on ne lui porte pas d'attente irraisonnée, "Saturday night..." demeure une bien belle immersion dans l'Angleterre populaire des années 60, celle qui prend pour cadre ces immenses villes industrielles (ici Nottingham) et dont la vie est rythmée par la monotonie du taf à l'usine durant la semaine et par l'effervescence du week-end passé au pub du coin, avec les copains, les filles et une pinte de bière à la main. Reisz s'applique à retranscrire, avec une certaine poésie, une ambiance et une réalité sociale que le cinéma avait snobé jusqu'alors. Il est vrai, qu'a priori, le sujet n'a rien de très sexy et on peut très vite tomber dans le caricatural et dans le misérabilisme. Ici, même si Reisz n'évite pas quelques clichés, il a surtout le mérite de porter un regard plein d'empathie sur cette région et sur cette population, nous évitant le misérabilisme social et le climat anxiogène. Guidé par un vrai souci de témoignage, il multiplie les plans sur les quartiers industriels, filmant ces habitations populaires et l'éternelle institution qu'est le pub, en faisant toujours attention de retranscrire l'ambiance chaleureuse, populaire j'allais dire, des lieux. Finalement, on ressent à travers ce visionnage moins un sentiment de révolte qu'une certaine nostalgie pour un monde prolétaire où la camaraderie et les plaisirs simples prévalent sur les difficultés. C'est un certain état d'esprit qui se dégage de ces saynètes anodines, que ce soit les soirées enfumées au pub ou les parties de pêche entre potes, à travers desquelles s'affiche la simple volonté de s'échapper d'un quotidien morose mais aussi le profond désir d'affirmer sa liberté et son insouciance !

C'est un état d'esprit qui est symbolisé par le personnage principal, Seaton, qui peut être vu comme la version britannique du jeune rebelle magnifié par Hollywood à la même époque. Seulement Seaton, incarné par un remarquable Albert Finney, semble plus proche de la jeune génération anglaise que de la figure romantique personnifiée par James Dean. Car finalement ce personnage n'a rien du héros "cool" ou du grand agitateur politique, d'ailleurs il ne semble mener aucun combat et veut juste vivre sa vie sans être écrasé par un système qui le transformerait, à l'image de ses parents, en être moribond et soumis. Seaton, c'est un peu l'esprit rock 'n' roll d'une génération qui va refuser le conformisme et qui va revendiquer le droit au plaisir et à la liberté. Que ce soit au niveau de sa vie professionnelle ou sentimentale, l'homme veut être libre et ne pas s'enfermer dans un schéma préétabli. Il n'est pas étonnant que ce personnage soit si populaire et qu'il soit devenu une source d'inspiration pour la culture musicale notamment*.

"Saturday night..." n'est surement pas le chef-d'œuvre du cinéma social british que sa réputation laisse entendre, mais il demeure un film à l'esprit "bon enfant" qui a su capter à la fois l'état d'esprit rock 'n' roll de la nouvelle génération et la réalité parfois crue du milieu prolétaire.

*Bonus tracks :

http://youtu.be/oRnnLc4LQug
http://youtu.be/n-cD4oLk_D0
http://youtu.be/HrnkEEuRLJI

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