La 'piquouse' de David Cronenberg nous assome en présence de Michael Ironside. Coup de terreur !

Avis sur Scanners

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D’après ce que j’ai pu relever, « Scanners » serait le huitième long-métrage de David Cronenberg et s’inspire d’un scandale sanitaire (sur la thalidomide) ayant marqué le Canada à la fin des années 1940.
Premier succès commercial et public pour le cinéaste canadien aujourd’hui reconnu, « Scanners », pour un film de 1981, est d’une puissance émotionnelle rare et possède ce pouvoir de captation inégalable. Coup de cœur assuré ! Chic, du cinéma choc !

« Chez moi, l’horreur ne vient jamais de l’extérieur mais toujours de l’intérieur. Ce qui fascine ou fait peur, ce ne sont pas des aliens ou des monstres, mais le fait même d’avoir un corps. » C’est par ces mots de David Cronenberg aux Cahiers du cinéma en août de l’année dernière à l’occasion d’une interview que je commence ma critique sur ce puissant choc cinéphilique qui va marquer ma mémoire à tout jamais. Dans tous les cas, pour nous spectateurs que nous sommes, il y a bien un avant et un après « Scanners ».
Ici, pas besoin de divulguer ni le synopsis, ni le scénario, très chers amis spectateurs, vous le devinerez allégrement dans ma critique. Si tenter de critiquer « Scanners » est chose facile. Mais, pour une fois, tout est venu à la suite. Alors, action. Pardon …scan !

Sur le sujet de la psychanalyse porté à son apothéose par le duel entre frères ennemis, les deux acteurs que sont Michael Ironside (ici dans son premier grand rôle -si !-, avant de devenir le second couteau culte des 80’s-90’s : « Top gun », « Total recall », « En pleine tempête » …) et Stephen Lack (peintre qui n’a que très peu joué au cinéma, seul sa collaboration avec David Cronenberg est notable : « Scanners » et « Faux-semblants ») transcendent leurs rôles respectifs même si Ironside, la part du mal, porte le film du réalisateur de « Spider » sur ses épaules grâce à son interprétation viscérale.
Au casting, également, le regretté Patrick McGoohan (créateur de la série « Le prisonnier » et connu pour avoir joué aux côtés de Peter Falk, Mel Gibson…) apporte une touche d’élégance délectable à souhait en tant que psychothérapeute, et la présence de Jennifer O’Neill (« Rio lobo », « L’innocent » de Visconti, …).

Le thème de la fraternité (les liens du sang) est mis à rude épreuve : mort des souvenirs, pas de mémoire profonde (éducation, parents). Tout cela fait bien sûr écho à l’histoire personnelle de David Cronenberg, à savoir son divorce, qui se fait également scénariste du long-métrage.

L’ambiance incandescente portée par la bande-son misogyne d’Howard Shore (partenaire cronenberguien par excellence, il varie les plaisirs : « Philadelphia », « Ed Wood », « Seven », « Aviator », « Spotlight » …) est soutenue par la mise en scène électrique du cinéaste canadien qui a reçu le Prix du Jury cannois en 1996 pour le très controversé « Crash ».
De cette ambiance électrique, misogyne et malsaine découle un duel final, brillamment retranscrit : un électrochoc psychique entre deux êtres, ici Stephen Lack et Ironside, ce dernier se taillant la part du diable.

Les Scanners sont dotés de sentiments humains et veulent contrôler la planète. Avec la destruction de l’Homme, David Cronenberg affronte ses démons.
Le réalisateur de « Videodrome » fait ici son « Terminator » dans le sens où il voyage à travers la pensée, le psychisme : un voyage hors du temps teinté de misérabilisme, de semblant d’honnêteté et d’humanisme. Les Scanners ne sont pas des humains mais deviennent des humains par le contrôle de leur pensée. Dans ce sens, on rejoint la folie meurtrière de Terry Gilliam façon « L’armée des 12 singes » ainsi que l’espionnage technologique vue à travers les différentes époques que traverse Bruce Willis.
« Scanners », c’est donc une étape charnière dans la carrière du cinéaste puisqu’il fustige la technologie à travers une tragédie dont les ‘esprits gentils’ se veulent les gardiens de la planète Terre. Un pré- « Minority report » en quelque sorte.
Non, Cronenberg ne fait pas du Spielberg, il s’accommode de ses démons pour faire son cinéma, de la science-fiction réaliste pour un film sur la folie meurtrière des hommes. La destruction de la planète renvoyant aux pires peurs de Cronenberg : la peur de l’abandon, le déchirement passionnel et le déchirement des êtres.

Nous sommes donc en présence du film absolu de terreur ambiante vu à travers les yeux du héros principal qui incarne l’innocence même. Le cœur fragile, le cœur serré, il nous entraîne dans un voyage sans retour, semé d’embûches (car doublé d’une réflexion sur les complots pharmaceutiques), celui de la mort.
Ce n’est pas un film sur les faux-semblants, c’est un film de terreur qui nous plonge dans nos peurs les plus viscérales qui soient.
Le metteur en scène culte de « La mouche », du plus fond de son âme, nous transporte, au gré de ses humeurs, jusqu’à un point de non-retour. Son duel final, inoubliable avec un Michael Ironside diabolique, en est ainsi sublimé.

C’est ainsi un film allégorique qui repose sur les tragédies antiques qui ne s’oublie pas de sitôt, qui rentre dans les mémoires de cinéphile, tout comme l’autobiographique « Chromosome 3 » cronenberguien. Qui plus est, ses collaborateurs de la première heure sont toujours à la barre : le producteur Claude Héroux, le chef opérateur Mark Irwin, la directrice artistique Carol Spier, le compositeur Howard Shore… . De quoi ne pas renier le spectacle, d’autant que ce film de terreur prête à réfléchir sur nos pratiques sociétales (pharmacie, justice…).
« Scanners », finalement une relecture des franchises de super-héros, c’est l’étude de la psychothérapie selon David Cronenberg.
Si le metteur en scène de « A dangerous method » avait été chirurgien, il aurait été psychanalyste.

« Scanners » (1981), chef d’œuvre absolu de genre, c’est donc un électrochoc puissant et un médicament révolutionnaire du divertissement à la canadienne.

Spectateurs en manque d’Ironside, piquez-vous !

Interdit aux moins de 15 ans et accord parental souhaitable.

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