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Shame par Sergent Pepper

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La séquence d’ouverture est extraordinaire. On replonge d’emblée dans la plastique étirée et fascinante du cinéaste : alternance d’un montage elliptique sur le quotidien du protagoniste et longs plans séquences, scènes sans paroles, intensité en gradation qui disent toute la solitude et la mécanique d’un être perdu à force de contrôle. L’échange avec une prochaine conquête potentielle dans le métro est d’une grande force : le prédateur et la proie, tout en regards et en jeux muets, se jaugent et s’excitent avec grâce.
L’autre grande réussite du film est la représentation de la ville. Nocturne, fascinante et glacée, à l’image du personnage, elle brille de mille feux, offre toujours du plaisir et du divertissement, tout en restant une grande machine inerte est effrayante. Le plan-séquence du jogging improvisé en long travelling latéral est superbe, et constitue un film autonome à l’intérieur de son cadre.
Lorsqu’il tente à nouveau le long plan séquence en face-à-face qui fit la force de Hunger, c’est avec une certaine ironie dans l’autocitation : ambiance ouatée dans un restaurant chic, le premier rendez-vous et les ratés de la conversation pseudo amoureuse. C’est l’inverse radical du film précédent, qui met le personnage face à ce qui faisait la force du détenu : trop libre, boulimique de sexe, il ne sait plus parler ni échanger.
Seulement voilà, le film pèche par son économie générale. L’élément perturbateur, l’arrivée de la sœur, n’est qu’à moitié convaincant. McQueen semble incapable de rendre son personnage totalement détestable, et veut briser la carapace par instants pour l’humaniser. Les larmes lors de la scène du concert, la tentative de rejet de tout le porno dans l’appart, l’impuissance face à une conquête qui pourrait émouvoir, tous ces éléments sont maladroits et didactiques. Surtout, le spectateur ne sait sur quel pied danser : si l’on semble s’acheminer vers une morale, quelle est-elle ? Que ne penser qu’à son chibre pousse sa sœur au suicide ? Que la punition tragique – divine ?- est au coin de la rue ? La plastique toujours aussi superbe du film ne tient pas la totalité de l’œuvre, et lorsque sa radicalité s’émousse au profit d’un discours plus convenu, c’est cet aspect qui prend le dessus. Dommage.

Critique de Hunger de McQueen : http://www.senscritique.com/film/Hunger/critique/23504958

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