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Somewhere par oxyboldine

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La vie banale et les tourments quotidiens d'un jeune, riche et bel acteur qui s'ennuit. Voilà à quoi peut se résumer Somewhere de Sofia Coppola. Expérimentant de manière jusqu'au boutiste son cinéma de l'inaction, du petit questionnement, qu'elle avait déjà mise en scène de manière légèrement plus rythmée ou "ludique" dans Lost in translation, Sofia Coppola réalise ici un film singulier qui ne peut que diviser ses spectateurs ou en laisser de nombreux indécis.

Arnaque prétentieuse et vide ? Oeuvre unique sur l'absurdité de nos vies ? Difficile de trancher, en effet. Si l'on prend au sérieux la première proposition, il est évident que l'indécision et l'ennui du héros, un acteur hollywoodien de films d'actions, n'est réservé qu'à une certaine couche social. Difficile, pour certains, de s'attacher aux tourments psychologiques d'un personnage qui a tout, confort, argent, conquêtes féminines. Or ce serait une erreur de condamner le film pour cela (certains critiques s'en sont donné à coeur joie, rapprochant le sujet du film à la vie personnelle de Sofia Coppola, qui se voit affublée d'un nouveau surnom, la "pauvre petite fille riche" du cinéma). Car la réalisatrice montre un certain recul, étonnant compte tenu de la part autobiographique du film, et qu'il est important de bien saisir. Coppola est bien consciente de la nullité de son personnage, Johnny, qui se goinfre, se vautre dans son lit, s'enfonce dans un train-train jusqu'à se vider de tous sentiments. Au fur et à mesure du film, au cours des différentes rencontres qu'il peut faire, lui-même constate qu'il est un adolescent attardé qui gâche le peu de temps qui lui est offert par la vie. A la toute fin, il décide de sortir de sa Porsche, et de marcher vers de nouveaux horizons. Johnny devient enfin adulte, décide de se prendre en main, et probablement ses problèmes ne seront plus des petits questionnements existentiels bourgeois. C'est ce que semble dire la toute fin, malheureusement trop symbolique, trop attendue et surfaite pour conclure en beauté le film. Sofia Coppola fait également le choix de ne pas nous livrer clairement quel est le chemin que Johnny s'est décidé à prendre : celui d'une paternité enfin assumée ? On peut le deviner, ainsi peut-être qu'une ouverture aux autres, mais il s'agit là d'élucubrations somme toute personnelles. Peut-être ne le sait-il pas lui même, bien que décidé à changer de vie.

Somewhere, tout comme l'existence de son personnage principal, n'est donc pas aussi vain qu'il en a l'air, il mène "quelque part" : derrière les longs plans silencieux de Stephen Dorff les yeux perdus dans le vague, il y a aussi un parcours qui se dessine tranquillement. Cela étant dit, il est évident que l'essentiel du travail de Sofia Coppola s'applique à retranscrire l'intime et le quotidien, ici souvent jusqu'à l'absurde. Comme dans la vie, on ne sait jamais trop ce qui peut nous arriver (Johnny voit, en sortant de son appartement, une voiture accidentée), mais généralement rien ne se produit d'exceptionnel - si ce n'est, au pire, un masseur qui se déshabille dans votre chambre d'hôtel. Cette lenteur, ce flottement qu'on trouve dans les films de la jeune réalisatrice peuvent rappeler le style de Jim Jarmusch (le lien stylistique est évident entre Lost in Translation ou Somewhere et Broken Flowers). Certains détails, comme l'auteur des SMS anonymes et le mystérieux conducteur du 4x4 noir, resteront inexpliqués et finalement sans importance. Ce choix artistique met en valeur l'humain et les relations entre les personnages, qui, perdus dans l'absurdité de la vie, se retrouvent grâce aux autres. "A deux, on va forcement quelque part" disait Madeleine dans Vertigo. L'amour mène quelque part (somewhere), qu'il soit homme-femme (amour apparemment impossible pour Johnny, trop volage pour maintenir un couple en équilibre), ou bien père-fille, comme c'est le cas ici. Johnny se décide progressivement à aller quelque part, hésitant, s'offrant des allées et venues. Somewhere peut se voir comme un film initiatique experimental, un road-movie éclaté. En Italie, face à l'absurdité des remises de prix auxquelles il ne comprend rien ("remake" du tournage de la publicité Japonaise dans Lost in translation), il désobéit aux conventions et part plus tôt que prévu. C'est tardivement qu'il part effectivement rejoindre ce "quelque part", sans trop savoir s'il l'atteindra, ni quel chemin il devra parcourir pour y parvenir. Encore une fois, il est regrettable que cette fin, scène majeure du film, soit traitée de manière caricaturale, avec pathos et musique qui s'amplifie, tuant le réalisme et la profondeur du film. Un silence, peut-être, aurait mieux convenu. Le reste du film est quant à lui est plus cohérent, semblant parfois abscond car moins poétique dans la description du banal que Lost in translation, mais assez envoûtant et élevé par sa très belle photographie (signée Harris Savidès, qui a travaillé sur Elephant, Gerry ou Zodiac), ainsi que par les performances respectives de Stephen Dorff et Elle Fanning, remarquables.

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