Ode au journalisme

Avis sur Spotlight

Avatar Flaw 70
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Lorsqu'un film traite du journalisme, il s'attire souvent les faveurs des critiques professionnelles et des cérémonies prestigieuses américaines car le journalisme est une véritable institution qui se bat contre l'obscurantisme en favorisant une diffusion du savoir et de la vérité, du moins en théorie. Il n'est donc pas étonnant que ce soit quelques chose de très fort au Etats-Unis, à la fois symbole de suprématie intellectuelle et d'investigation rigoureuse pour faire valoir la justice, ayant dénoncer quelques scandales d'envergures. Alors dès qu'un film se donne pour mission de rendre hommage à la profession et à son aura presque sacré, une certaine indulgence se fait à son égard, et on a peut être un peu trop tendance à l'ériger en grand film et à le comparer aux classiques du genre tel que All the President's Men. Surtout que ce sont des films qui se basent un peu trop sur le côté passionnant de leurs histoires sans en rajouter, ce qui fait que se seraient des articles tout aussi intéressant à lire qu'à voir. Ce qui au final peut nous interroger sur ses qualités cinématographiques.

Ici le sujet est indéniablement passionnant et l'enquête est retranscrite à la perfection par un scénario prenant qui fait un travail minutieux de reconstitution. On parcourt un an d'enquête en peu de temps avec des choix astucieux qui montre tout l'étendue du travail effectué et l'ampleur du scandale à travers quelques rebondissements bien senties qui empêche l'ensemble de trop ronronner. Après il faut reconnaître que l'on connait déjà le fond de cette affaire et que l'on n'est jamais surpris par un déroulé très prévisible qui sera finalement plus intéressant lorsqu'il se penche sur les rouages journalistiques que sur la "perversion de l'église". Le film à même tendance à tomber dans certains clichés faciles et une tendance à la simplification exagéré des événements pour faire passer son message avec plus d'ampleur, n'évitant pas un certain côté alarmiste. La pédophilie est quelques chose de grave et de répandue mais le film va trop forcé certains passages et dialogues tombant dans un certain misérabilisme et un aspect un peu ridicule lorsqu'il tente de donner de l'épaisseur à des personnages "fantômes". C'est finalement le gros problème de ce genre de films, misant tout sur l'enquête et les rouages il en néglige le facteur humain, les personnages principaux ne sont que des présences qui font avancer le récit mais ne l'habite jamais. Ils sont caractérisés par des clichés simplistes et ne les dépasseront jamais. Ce qui ne serait pas un problème si le scénario n'essayait pas de les humaniser aussi maladroitement plaçant des scènes assez inutiles et instaurant un certain pathos comme la scène où le personnage de Ruffalo va voir celui de McAdams un soir pour lui faire part de ses états d'âmes. Une scène qui sort de nulle part et qui ne fonctionne pas, et d'autres scènes du genre viennent entacher le film, elles sont peu nombreuses mais néanmoins problématiques comme la première scène assez laborieuse. Mais à côté de ça, il faut reconnaître que le film va à l'essentiel et accroche facilement le spectateur.
Le casting est impeccable mais en raison de l'écriture et du peu de place laissé aux personnages, les acteurs ne peuvent pas vraiment faire un travail en profondeur. Mark Ruffalo qui a l'occasion d'un peu plus s'exprimer aura tendance à en faire un peu trop dans les scènes plus émotionnelles même si il reste convaincant. Par contre c'est Rachel McAdams qui reste assez effacé et qui ne brille pas particulièrement par son jeu, on en vient à s'interroger du pourquoi de sa nomination aux Oscars. Sinon c'est Stanley Tucci, excellent comme toujours, Liev Schreiber, impeccable, et Michael Keaton, impérial, que l'on retiendra le plus par leurs sobriétés et la justesse de leurs performances.
Pour ce qui est de la réalisation, on est face à quelque chose de techniquement assez générique surtout avec une photographie basique et un montage académique mais qui rythme plutôt bien l'ensemble en donnant une certaine énergie. Les musiques de Howard Shore, même si assez répétitives, se montrent véritablement inspirés et galvanisantes offrant un aura d’efficacité supplémentaire à certaines séquences. La mise en scène de Tom McCarthy est consciencieuse mais manque de fulgurances. Elle ne fait qu'accompagner le récit et se montre terriblement classique dans ses effets n'étant pas à la hauteur de ses nombreuses nominations et des éloges qui ont pu lui être fait. On reste dans un schéma assez plat de champ/contre-champ avec quelques plans séquences parfois fait en steadicam pour accentuer un effet cinéma vérité et imposer une certaine énergie. L'ensemble se montre donc efficace et bien fait mais c'est formellement assez plat, on a du mal à voir ce qui a pu autant plaire dans cet aspect du film qui est assez peu fulgurant.

En conclusion Spotlight est un bon film mais il aurait pu difficilement en être autrement. Le sujet est tellement passionnant qu'il se suffit un peu à lui-même surtout que le traitement, aussi impeccable soit-il, ne lui apporte pas grand chose de plus. On est dans du bon cinéma mais du cinéma de surface, assez facile et qui se concentre plus sur les rouages du affaire que sur les gens qui la peuple. Ce qui en fait donc son efficacité, le film ne s'éparpillant pas, en fait aussi sa limite car soit cette approche le pousse à faire des erreurs paradoxales sur certains passages ou soit cette distance empêche l'oeuvre de transcender son sujet. C'est un film nécessaire, rondement mené par un scénario globalement impeccable, une réalisation qui fait le job et un casting exemplaire mais on est très loin d'être face à un grand film du genre voué à être un classique. Il serait donc dommage de passé à côté de Spotlight, qui fait preuve de beaucoup de respect et de minutie dans son approche du journalisme et de ce scandale, mais il ne faut pas pour autant le prendre pour plus que ce qu'il n'est.

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