Vade Retro, Hollywood !

Avis sur Starry Eyes

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Financé par les internautes à hauteur de 52 614 $ via Kickstarter, Starry Eyes aurait pu ressembler à une péloche tristement fauchée, n’ayant rien d’autre à proposer qu’une image baveuse, une panoplie d’acteurs au rabais et des effets spéciaux bricolés tant bien que mal. Il n’en est rien. Je ne sais pas comment Kevin Kölsch et Dennis Widmeyer se sont débrouillés, mais leur film ne semble jamais cheap, ce qui permet au spectateur de se concentrer sur l’essentiel, à savoir le personnage de Sarah, joué par Alexandra Essoe.

Wannabe starlette prisonnière d’un job alimentaire dégradant, Sarah aspire à la célébrité comme des milliers d’autres jeunes femmes à Los Angeles. Contrairement à ses potes artistes – qui relativisent leurs échecs au bord de la piscine, bière à la main, évoquant des projets de films nébuleux -, elle n’arrive pas à profiter des plaisirs simples du quotidien. Déconnectée d’une réalité qui ne lui convient pas, elle vit enfermée dans ses fantasmes de gloire, se perdant dans la contemplation du mur de sa chambre, couvert d’actrices de l’âge d’or d’Hollywood.

Tout bascule quand Sarah reçoit une convocation pour une audition avec, peut-être le rôle-titre d’un film d’horreur à la clé. Accueillie par un homme et une femme d’une extrême froideur (leurs tronches impayables sont d’ailleurs assez hilarantes ; profitez-en car vous n’aurez plus tellement l’occasion de rire par la suite…), l’actrice n’arrive pas à les convaincre. Se réfugiant dans les toilettes, elle pique une crise de colère et commence à s’arracher des touffes de cheveux, sa façon à elle retrouver son calme. La recruteuse la prend en flag’ et, contre toute attente, décide de lui donner une seconde chance. L’entretien prend alors une drôle de tournure.

Sans rentrer dans les détails, sachez que le reste de l’histoire implique une société secrète dans les plus hautes sphères d’Hollywood. Une pesante aura de mystère parcourt le métrage, soutenue par des cadrages anxiogène et une bande-son électro entêtante, presque hypnotique. Cette dernière accompagne avec brio les errances nocturnes de notre héroïne solitaire, tiraillée entre son ambition et l’angoisse diffuse que lui inspire la fameuse boîte de production. Pour atteindre son but, Sarah finira par se donner corps et âme, entamant une terrible métamorphose…

Visuellement très impressionnante, la dernière partie de Starry Eyes ne fait pas dans la dentelle, mettant en scène une « nouvelle » Sarah particulièrement flippante. Le fait d’avoir pris le temps de creuser sa psychologie en amont et la qualité des effets spéciaux artisanaux (pas de CGI moches, ou alors ils sont vraiment bien intégrés) évitent de sombrer dans le grotesque qui, il faut bien l’avouer, va souvent de paire avec les déluges de violence graphique. Pas non plus de scare jumps convenus, alors que la tentation devait être grande. Ouf.

En dépit de sa métamorphose, Sarah n’a rien du monstre implacable dénué d’émotions… Elle porte la double casquette de victime-bourreau, suscitant des sentiments ambigus chez le spectateur. Présentés initialement comme des glandeurs superficiels et parfois mesquins, les amis de Sarah se montrent aussi étonnamment touchants et nuancés dans leurs derniers instants.

Passant assez brutalement du thriller occulte au body horror puis au slasher goret, Starry Eyes prend un gros risque, celui de perdre une partie de son public en route. Ceux qui restent pourront apprécier un film généreux qui ose faire le pari d’une horreur frontale au premier degré. Courageux !

(http://www.dailymars.net/critique-de-starry-eyes-de-kevin-kolsch-et-dennis-widmeyer/)

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