Au carrefour de l'histoire

Avis sur Stavisky

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Serge Alexandre Stavisky est assurément un personnage fascinant. Syphilitique au dernier degré et poussé par l'urgence, l'homme brule de tous ses derniers feux. Mythomane, manipulateur et flamboyant, cet escroc séduit autant qu'il fait de mal.
Le parfait héros de roman.

Non moins manipulateur, Alain Resnais oppose son personnage, symbole d'une troisième république déliquescente et gangrenée par la corruption à Léon Trotsky, le pur idéaliste. Il est vrai que ce bon M. Trotsky avait le grand honneur d'avoir plus de sang sur les mains que son petit camarade Staline au moment de leur séparation (rassurez-vous, le petit père des peuples a largement eu le temps de reprendre la tête du palmarès de l'horreur dans les années qui suivirent).
De même, il laisse entendre que Stavisky, et donc la troisième république complice, auraient eu leur part de responsabilité dans le coup d'Etat de Franco et donc de la guerre d'Espagne.
Pas étonnant, puisqu'il s'agit d'une adaptation du roman de Jorge Semprun.

Bien entendu, il n'affirme rien de tel. Il filme comme un documentaire de petites scènes et pseudo-témoignages sans enchainements ni liens directe entre elles qui vous laisseront toute la responsabilité de votre interprétation... qui ne pourra être autre que celle voulue par Resnais.

Personne ne saura jamais si Stavisky s'est réellement suicidé ou si on a préféré le faire taire, mais la scène de Resnais est si fausse que Belmondo ne sait pas comment la jouer. A sa place, Gabin aurait refusé de tourner une scène aussi peu crédible.

L'affaire Stavisky, à cause des nombreuses victimes et des peurs qu'elle a suscité est bien responsable des émeutes du 6 Février 1936 et des retraits bancaires des petits épargnants qui ont fragilisé l'économie, ainsi que du renvoi de Trotsky, qui est allé se faire assassiner au Mexique. Peut-être aurait-on préféré qu'il soit assassiné en France? Mais suggérer qu'elle soit à l'origine de la guerre d'Espagne est du pur délire.
Par contre on ne parle pas de l'affaire Prince, qui suivit. C'est très étonnant, car elle est directement liée à l'affaire Stavisky. Albert Prince, conseiller à la cour d'appel de Paris est chargé de l'enquête financière sur le scandale Stavisky. Une enquête qu'il mène avec diligence et inquiète certains. Quelques mois après la mort de Stavisky, il est assassiné et ses dossiers volés. L'inspecteur Bonny est chargé de l'enquête et la détournera vers le milieu marseillais.

Pendant l'occupation, Bonny sera l'adjoint de Laffont, un truant recruté par les allemands pour constituer la section française de la gestapo, la fameuse "gestapo de la rue Lauriston", constituée des pires canailles du milieu. A la libération, l'inspecteur Bonny sera condamné à mort. Au moment de monter sur l'échafaud, il aurait avoué le meurtre du conseiller Prince "pour défendre la République".

Reste le portrait d'un aventurier flamboyant à l'origine d'un des pires scandales financiers de l'histoire. Par certains côtés, il fait penser à Christophe Rocancourt, anti-héros romantique et mythomane, par d'autres à Bernard Madoff, ce banquier qui a dupé le monde de la finance pendant des années.

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