Une imposture

Avis sur The Hunt

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Après Wedding Nightmare, sorti l'année dernière, on peut voir que la "comédie d'horreur" depuis quelques temps a le vent en poupe. Au delà de mon rejet subjectif de ce genre, dont je n'arrive pas à comprendre l'intérêt voire l'existence, cela n'empêche que ce film (comme Wedding Nightmare) est bourré de défauts objectifs.

The Hunt raconte l'histoire d'une chasse, mais pas n'importe quelle chasse : une certaine élite bourgeoise s'amuse à chasser des gens, choisis selon un critère bien particulier (c'est d'ailleurs un des problèmes du film, car la raison de ce choix n'a aucun sens, ou du moins paraît bien dérisoire).

Là où un film habituel aurait commencé du point de vue des personnages, se réveillant au milieu d'un environnement, perdu, ce n'est pas le cas ici. Le début du film m'a cueilli : une scène dans un avion au dénouement gore, le tout baignant dans le grotesque et le cynique donne le ton. Puis on suit un personnage, qu'on pense être le personnage principal sur lequel est centré l'histoire, rendant encore plus surprenante sa mort brutale. Le point de vue bascule alors vers un autre personnage, pour se faire avoir de la même façon. Jusqu'à se rappeler que "Boule de neige", aperçue en début de film, n'a pas disparu, et c'est là que la catastrophe commence. En effet, cette histoire du départ aurait pu être le contre-pied parfait en en faisant la chasse précédente, contextualisant ainsi l'histoire de manière originale en pensant que le film avait déjà débuté... mais non, c'est vraiment le début du film.

S'ensuit donc une comédie d'horreur qui ne réussit ni dans l'horreur, ni dans la comédie.

Concernant l'horreur, le premier problème est l'absence d'enjeux. Aucune présentation des personnages, qui débarquent de nulle part, aussi bien les chasseurs que les chassés et qui ne suscitent aucun sentiment (que ce soit de l'empathie ou de la détestation). En résulte une absence de tension et d'intérêt. Le film ne dure qu'1h30 mais semble durer une éternité, étant donné le détachement complet aux personnages et à l'histoire, dont on se moque complètement du dénouement. Rajoutez à ça le côté prévisible de nombreuses scènes et le rythme catastrophique (le film prend le temps de s'attarder sur des détails sans importance tels que la métaphore moisie avec l'histoire du lièvre, amusante mais sans plus, alors qu'il zappe complètement le début de la chasse, nécessaire à la plongée dans le film).

Côté humour, si les conversations de mecs bourrés en soirée vous font rire, vous y trouverez sûrement votre compte. Les dialogues n'ont en effet ni queue ni tête, renforcé par le jeu voulu (j'imagine) décalé de Betty Gilpin. Le gore exacerbé se veut aussi drôle,

même si voir un mec exploser après avoir reçu une grenade dans son pantalon ne me fait personnellement pas hurler de rire.

Finalement, le film ne voit pas qu'il est le miroir de sa propre morale. Dénonçant le ridicule des élites mondialisées et bobo en tout genre (SJW, vegan, antiraciste à l'extrême ect...) de manière absolument pas pertinente et beaucoup trop caricaturale pour en être drôle, il en résulte un film pour lequel les adeptes de la masturbation intellectuelle vont s'en donner à coeur joie, pour y voir quelque chose de subversif, de révolutionnaire, d'absurde, qui dénonce de manière originale...alors que ce n'est finalement qu'un mauvais film. D'ailleurs, tout mes arguments précédents pourraient être retournés simplement en disant "mais c'est volontaire de faire un film caricatural, absurde". Sauf que c'est facile : faire un mauvais film, puis rigoler en disant "oh mon dieu qu'est ce qu'il est mauvais" (le phénomène que l'on peut voir avec certains nanars), n'en fait pas un bon film pour autant. On peut y voir un parallèle avec certaines formes d'art contemporain, où le n'importe quoi devient tout à coup du génie parce que l'on décidé que faire mal au lieu de faire bien c'est original. D'autant plus que le film n'assume pas son côté absurde du début à la fin, et oscille constamment entre le 1er et le 12è degré (d'ailleurs, la bande annonce est assez mensongère et ne vend à aucun moment le coté comique).

S'il fallait en retirer 2 points positifs : les 20 premières minutes (qui finalement ne sont pas si déroutantes que ça compte tenu de la suite) et les blagues qui font assez souvent mouche (dans les dialogues, là où le comique de situation ne fonctionne absolument pas).

Bref, comme Wedding Nightmare, ce film n'assumant pas une identité propre, n'est ni drôle ni horrifique et donc complètement dénué d'intérêt.

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    Affiche 1917

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