out of ze boxbuster

Avis sur The Predator

Avatar Pequignon
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Si ce n'était les années 2018 et la dèche totale de bons blockbusters qui font plaisir, sûr que The Predator n'aurait pas eu toute mon attention. On a un gros film ricain tous les trois mois, mais je crois qu'on est tous d'accord maintenant, c'est toujours le même depuis 10 ans. Alors on va voir The Predator.

C'est encore du reboot, de la suite, en l’occurrence une suite vendue comme un reboot. De la resucée de ces désormais sacro-saintes années 80. Hmm. On se foutrait pas de notre gueule ? Si.
Parce que là, on reprend John McTiernan. Il ne s'agit pas de reprendre la saga, toute vérolée qu'elle est par des ratages dus à des productions vampires avides de sucer le sang d'une idée pop-culturelle en vendant une affiche, un titre mélangeant deux idées pop culturelles, Alien ET Predator, et en faisant totalement l'impasse sur la qualité du film une fois que les spectateurs aimantés auront payé leur billet. Non, ici, on reprend bien l'esprit de John McTiernan. Pas pour le copier, mais pour nous donner le même plaisir à moquer les boursouflures américaines de tout film de science-fiction qui vante les mérites de l'armée et sa testostérone. Rappelons que Shane Black a à voir avec le premier film en tant qu'acteur, mais qu'il était aussi et surtout l'un des scénaristes d'un grand film de McTiernan: Last Action Hero. La comédie d'action, il l'a en partie inventée.

On l'avait peut-être oublié, mais la comédie d'action ne consiste pas à faire sortir une vanne à des personnages entre deux taloches. Il s'agit, chez McTiernan de surligner toute l'extravagance et la putasserie d'un film pour nous forcer au rire "Ah, les cons!". Il y a un personnage "handicapé mental" qui sort vanne vulgaire sur vanne vulgaire, histoire de dire qu'il en a sous le coude si on veut. Il nous mène à l'indigestion en deux petites minutes. Si on avait pas encore compris, on sait maintenant que l'humour se situe ailleurs.
Si on a pris goût à cette façon de faire dans les années 90, si on a pris la leçon d'ironie d'un Paul Verhoeven dans un certain Starship Troopers, ou d'un John McTiernan dans un certain Predator, un Last Action Hero ou un Die Hard 3, alors les boursouflures sautent aux yeux dès les premières secondes. Suite à une course poursuite spatiale kitsch (vouée à vieillir au plus vite), le vaisseau défonce l'ISS comme une mouche sur un pare-brise. Les sabots sont là, ils sont posées. Vous voulez du gros, voilà mes grosses couilles.

Vous voulez du Predator ? Voilà tout le premier film dans les cinq premières minutes. Vaisseau, jungle, nuit, combat, camouflage, armée, secret. Contents ? Je vais vous dire, même le nom, est pas correct. C'est pas un prédateur, c'est un chasseur. Et je vais vous le dire et vous l'expliquer pour mieux vous dire que je m'en fous. En plus c'est une blague méta, Hunter était le titre originale du projet avant sa reprise par Joel Silver en 1985.
Ce n'est que plaisir si on est dans la rigolade "Ah les cons !". Parce que si ce film se prend au sérieux, il est fait par une bande de cons, et c'est très grave. C'est très grave de tuer plein d'innocents comme ça, de vanter un héros tueur comme ça. C'est très grave de mettre autant d'argent dans un argument aussi pourri et usé que "Les extra-terrestre sont génétiquement améliorés pour nous piquer notre terre." C'est grave de nous faire encore le coup de l'extra-terrestre le soir d'Halloween. Et c'est très grave que les héros de l'armée américaine soient des malades mentaux traumatisés.

Il y a une subversion là-dedans, un plaisir sadique à secouer les clichés de nos films préférés des 80's et 90's. Le vétéran de la guerre du Vietnam est malmené, le petit enfant des productions Spielberg, c'est un autiste surdoué, ce sera plus facile, allez, enfonçons tout ce qu'on peut enfoncer. T'en veux encore ? On va arracher des mains et des bras comme dans un cartoon. Non, non, c'est sérieux, c'est des vrais scènes d'action, l'armée doit gagner, mais c'est pas cool quand même le coup de la main ? On faire une relation tragique touchante entre deux malades mentaux héros, on va la terminer en cinq secondes. Deux flingues, trois plans, et va te coucher le violon de pleureuse ! Ici y'a des couilles ! On est des marines ou on est pas des marines ?!
Plaisir coupable, non. Plaisir sadique. Shane Black t'enfonce bien au fond de la gorge le Big Mac que t'es venu chercher discrètement et il te recouvre de ketchup. Il faut avoir un sens de l'humour pas rancunier pour s'y laisser prendre. Tirer ce type de traitement d'un scénario qui ne présente réellement aucun intérêt, c'est chapeau.

Si l'aspect satirique de Starship Troopers et Predator est désormais admis, n'oublions pas qu'il a fallu que beaucoup d'eau coule sous les ponts pour en arriver à ce consensus. De plus, ce que ces films s'amusaient à boursoufler (la musique pompeuse, la détermination ridicule des héros, leurs capacités extrapolées, l'extravagance des péripéties et de l'action), tout cela a été digéré pour être régurgiter avec sérieux par des Michael Bay, des Roland Emmerich, des Frères Russo dans les vingt dernières années. Joss Whedon, (pour notre grand plaisir) a rendu lui le décalage plus lisible, pour un second degré sans ambiguïté, en complicité avec son public. Ce type de lecture s'est donc faite rare ces derniers temps et je crois bien qu'elle est revenue juste ici. A moins que mon manque de bons blockbuster ait cherché tous les moyens pour me faire aimer ce film. Parce que quand on y pense, c'est vraiment du foutage de gueule, dès le titre. On ajoute un « the » à Predator, alors qu'il y en a deux.

The Predator méritera donc une deuxième vision, puis une troisième avec des potes et des pintes, après maturation et éloignement des logiques commerciales qui entourent sa sortie. Ses jubilantes mauvaises intentions nous sauteront peut-être aux yeux.

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