Be there or be square.

Avis sur The Square

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Des tas de cendres entassés dans une salle d’exposition et un néon sardonique (un descriptif ?) “You have nothing” accroché au mur : bienvenue dans The Square.

Ce Square - film, voulu et avéré comme drôle, cynique, incisif, et ce Square – œuvre (réelle, basée sur une œuvre pour le Vandalorum dans le sud de la Suède, puis dans trois autres lieux par la suite), carré conceptuel et utopiste où tout à chacun, idéalement replacé sur un juste pied d’égalité, serait à même d’abolir le cynisme ambiant et crasseux de la Société avec un grand $ (à convertir en couronnes suédoises) et par là même d’anoblir ses traits d’âme en un véritable vertigo altruiste et philanthrope.

Ces deux carrés là, si tant est qu'ils soient réellement distincts, vont se superposer l’un l’autre en une charge sociale, et donc politique, où le conceptuel rit de son conceptualisme et tire à blanc dans le cube de l’institution. Quelle institution ? L’Institution qu’on a institué, bien sûr. Donc au hasard ici : la société suédoise – oui – occidentale ? aussi – dans une cristallisation aussi élastique qu’évidente, celles de pôles inverses – c’est-à-dire l’intelligentsia à quatre épingles et les (innombrables) mendiants, c’est-à-dire le gratin et les gratinés, l'art contemporain et l'art content pour rien; et ça donne par exemple une quête de smartphone volé digne d’une mission de James Bond, et, grenade sur le cake, une blondinette fillette, petite viking morveuse de la misère (réelle) vouée à exploser (littéralement) dans un spot de pub fantasmé sous l’œil de la nouvelle génération qui tartine (évidemment) son beurre avec l’argent du buzz.

Ruben Östlund nous montre (dépeint? décape?) tout ça de son regard à la fois complice et critique, un brin ambivalent, et semble remettre une couche de peinture aux dorures écaillées tout en les grattant du bout des ongles pour nous montrer que de toute façon tout ça c’est du toc, et si sa satire est féroce par à-coups au jus acerbe et sans grumeaux (comprendre : on rit, vraiment), elle ne va pas toujours au bout des choses qu’elle entreprend et de fait ne tache pas forcément plus que ça (mais bon point : les costumes resteront donc immaculés malgré l’effort).

Et même si lors de la fameuse scène de mise en abîme avec l’homme-singe performé-performeur – on décèle une volonté de, peut-être, bousculer les élites (et quelles élites ? « ceux-là même qui… »), finalement la bousculade ne fait pas grand mal à qui que ce soit et a plus l’air d’une brusque mais amicale tape dans le dos, presque du gentil brossage de poil (voir la scène de l'annonce du menu, où toutes ces bonnes gens sifflotent champagne et sourires de convenance dans une atmosphère guindée bon enfant).

A regretter, mais là encore, gentiment, des métaphores visuelles un peu trop grosses type éléphant de porcelaine DANS un magasin de porcelaine, if that makes sense. La scène de la fouille des poubelles, par exemple/notamment.
Et puis ce gosse de l’antichambre de l’UE (le petit roumain relou) qui réclame des excuses à corps et à cri et sème donc le CHAOS dans l’immeuble, ça tient pas mal de la quête annexe qui aurait du le rester. Plus généralement, par sa deuxième moitié de métrage qui ne semble pas toujours trop savoir où elle veut aller, The Square, sans non plus être boiteux, ne marche pas aussi droit qu'il ne semble penser le faire. De là à dire qu’il a besoin d’une Cannes…Ah ! (...)

C’est ainsi qu’on arrondit un peu les angles de ces quelques mètres cubes d’humanité – l’inaccessible, semble-t-il, celle qu’on montre, qu’on moque, qu’on singe, qu’on idéalise et qu’on fait finalement exploser. AllahPASakbar puisque le dézingage de la gamine mettra en rogne unanime imam, prêtre et rabbin qui iront dès lors bras dessus-bras dessous tels de gentilles fillettes pour faire taire cette mascarade publicitaire.

Alors on essaie de se racheter, on pénètre au sein même du carré magique (réel et fantasmé) et on obtient ce qu’on attend : une presque apologie du presque.
Une presque performance – qui elle non plus ne s’arrête pas, qui s’étire, et qui nous rappelle que vous et nous n’avons rien dans ce drôle d'autodafé existentiel.

MON RESUME ALLOCINE:
- Très drôle
- Un peu long (mais pas chiant pour autant)
- Vise souvent juste
- Parfois un peu vain
3 n'étwales 1/2

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