FAQ Shyamalan

Avis sur The Visit

Avatar EvyNadler
Critique publiée par le

Je viens à peine de sortir du cinéma et j'ai une envie immense d'écrire une critique. Ce n'est pas un film qui me bouleverse, loin de là, ou qui restera dans mon panthéon des films horrifiques, mais en discutant avec un ami qui avait un avis contraire au mien, j'ai eu une subite et violente envie de le défendre. Parce que je crois, et c'est peut-être de la paranoïa, que Shyamalan est devenu, au fil des années, un réalisateur bien trop incompris, à tort. Ici, vous n'aurez ni résumé du film, ni style littéraire approfondi et encore moins une analyse rapide pour vous donner envie ou non de voir The Visit. Je ne sais pas si cette critique portera ses fruits, mais elle me permettra au moins de coucher sur papier (oui je sais tais-toi) ce que je ressens et la méprise qui pourrait découler du long-métrage en question. Je ne saurais défendre Le Village comme il se doit, mais The Visit me paraît plus abordable car je ne l'ai pas excessivement adoré. L'idée de FAQ permet une lisibilité plus simple et de mettre un peu d'ordre dans mes pensées. C'est formel. Et ça spoile, un peu.

Est-ce que le film est à prendre au sérieux ?
C'est là tout le sujet de la discussion avec mon ami. Durant tout le film, j'ai senti une forme d'imposture (au sens positif), un cynisme subtil et sous-jacent clairsemé dans toutes les séquences et toutes les scènes. Pour moi, The Visit n'est absolument pas un film d'horreur classique, ni même une parodie de film d'horreur. C'est un métrage entre-deux, une demi-satire qui n'a ni couleur ni son, qui se répend progressivement dans la tête du spectateur et qui joue avec tous les codes de l'horreur sans pour autant les tourner en dérision. Shyamalan démystifie l'horreur en réutilisant tous ses codes. Le found footage (même le grand-père tient la caméra), la maison qui paraît abandonnée (on ne voit quasiment jamais les voisins), la pendue (elle n'a aucun intérêt), les enfants et les personnes âgées (clichés du choc des générations et clichés des jeunes/vieux dans l'horreur), les cheveux devant le visage (alors qu'elle n'est pas du tout un esprit démoniaque), le vomi (idem, elle est malade), les jours de la semaine comme un compte à rebours (pour amener vers une résolution non-paranormale et faire monter la sauce), la possession (elle a une maladie rare, pas de sa faute et ils s'en accommodent), l'illusion (on ne croit jamais voir, on voit, et ce qu'on voit n'est jamais surnaturel), les jeux de miroir (peu d'intérêt, d'autant plus avec une caméra portée), les fantômes (à la fin, elle se nappe d'un drap blanc, le ridicule de la scène et du fantôme qui fait bouh), l'humour qui parsème le récit (contrairement aux films d'horreur classique, il n'est jamais hors propos et hors horreur mais souvent dans le propos, participant pleinement à la frousse latente du récit).

Pourquoi le film ne dépasse-t-il finalement jamais le cap de l'horreur et reste un simili thriller ?
C'est, d'après moi, la grande force du film et de Shyamalan. Avec un Sixième Sens plus vrai que nature, il nageait dans un fantastique très épuré, très proche du réel, où les deux mondes se côtoyaient. Dans Le Village, il surenchérissait pour finalement tromper le spectateur et lui révéler que l'aspect fantastique n'existait pas. Ici, c'est un mélange des deux qui tend à faire de The Visit une oeuvre bipolaire, avec un côté horreur et un côté supercherie qui se rencontrent et fusionnent à chaque scène "clé". En général, en conclusion de chaque séquence, le spectateur a le droit a son lot de jumpscares et une surenchère dans la peur est alors créée. Ici, les frissons montent, la tension va crescendo mais l'aspect fantastique ne cesse de se casser la figure au profit de la réalité. Elle n'est pas possédée, elle est folle, il n'est pas gâteux, il est un tueur, elle ne rampe pas, elle joue avec eux. Le comportement typique d'un réalisateur de films d'horreur lambda se contenterait d'amener son final grâce à ce genre de péripéties. Lui s'en sert pour dénaturer les codes et les amener vers une résolution qui ne sera vraisemblablement pas fantastique mais bien fantaisiste. Et pour cause, l'explication à tout ça est totalement hors du commun mais pas paranormale.

Toute la salle a rigolé lors de scènes qui n'étaient pas censées être drôles. Pourquoi ?
Il y a un élément très atypique dans The Visit, c'est l'utilisation de l'humour et des gags (souvent amenés par des dialogues ou des jeux de regards) dans les scènes horrifiques en elles-mêmes, tout en respectant tout de même le genre. Il ne s'agit pas de parodier bêtement les films du genre mais de les réinventer et d'en faire ressortir une sensibilité hors du commun, un cynisme quasi-bienveillant. Lors des dernières minutes et du "combat" final, le jeune se croit sur un terrain de football américain et dépasse ses peurs pour venir plaquer le grand-père. Là où des parodies auraient accentué la drôlerie de la scène avec des effets techniques et une mise en scène classique, Shyamalan garde tout l'attirail de l'horreur mais change juste les dialogues et la manière dont est amenée la résolution. Ainsi se retrouve-t'on avec un décalage total entre la continuité de l'histoire, qui elle est sérieuse, et l'action en question. Quasiment toutes les scènes sont travaillées pour se jouer des climax et s'amuser avec une atmosphère, une ambiance propre au film d'horreur. La subtilité du réalisateur réside dans sa déconstruction des mythes en jouant sur les tons. On pourrait assimiler The Visit à un film "pince sans rire" assez souvent.

Il ne se passe rien jusqu'à la fin et ses vingt minutes d'action. Qu'en penser ?
Au-delà d'être une volonté du réalisateur, c'est aussi une des caractéristiques du found footage - même si ici, il est très mis en scène et scénarisé. Le found footage laisse parfois l'impression au spectateur d'être en train de regarder 90% d'inutile et 10% d'utile - par utile j'entends qui fait avancer le scénario. Ici, j'ai plus l'impression que Shyamalan s'en sert pour, et à l'aide des enfants, décortiquer petit à petit et pas à pas tout ce qui fait le film d'horreur. On se retrouve avec une grand-mère de plus en plus flippante, mais où toutes ses bizarreries s'expliquent et sont cohérentes avec le reste. L'exemple le plus flagrant est lorsqu'elle demande à l'adolescente de rentrer entièrement dans le four pour le laver. Quand elle lui demande une première fois, et là où certains films d'horreur auraient pu y voir l'amorce de quelque chose, dans The Visit il ne se passe absolument rien. Pas un geste suspect de la grand-mère, juste un malaise. On ne comprend pas, elle ne comprend pas. Tout cette partie-là du film, donc les 4/5, permettent d'expliquer le fonctionnement des dernières minutes et ses fondements. Une explosion de rivalités à la fin, où les personnages "maléfiques" sont tués facilement, où les situations sont résolues facilement, où la réunion finale se transforme en partie de Yahtzee, où la situation est totalement acceptée par les spectateurs comme par les personnages car l'illusion commune et sélective est présente depuis les premières minutes. Le décalage n'est amené que par les personnages eux-mêmes, ancrés dans une situation plausible et réelle mais dont les comportements trahissent une bizarrerie inexplicable car injustifiable. Le décalage amène la rupture, la rupture amène le rire.

Tu as l'air béat d'admiration. Pourquoi ne pas mettre 10 ?
Parce que pour moi, c'est le parfait exemple de ce que j'aimerais voir plus souvent et j'aime particulièrement le contre-pied. J'aime qu'on prenne la mesure de tel ou tel genre de film et qu'on s'en amuse, à petite dose. J'aime ne pas savoir s'il faut rire ou avoir la frousse. Je mets 7 car le film n'est pas exempt de défauts. Si The Visit a toute mon attention et mon admiration, il n'en reste pas moins bâclé à beaucoup d'égards, avec des scènes parfois trop longues, une morale pompeuse et ridicule et une résolution avec la mère face-caméra ridicule au possible. C'est la seule critique que je pourrais faire le plus sincèrement du monde à Shyamalan, cette volonté de vouloir tout théoriser, tout schématiser, de vouloir casser son propos par une morale, un aphorisme précaire qui dénote avec l'intelligence de ses films. Il n'a pas réalisé que des excellents films, loin de là, et il a encore tout à apprendre, et notamment de lui-même, mais j'aime tellement quand il m'emmène dans son monde.

Alors, mon cher et tendre Shyamalan, trace ta route et continue sur ta lancée, il se pourrait bien qu'un jour, tu redeviennes un réalisateur dont je me languis.

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