Premier long-métrage pour le documentariste Frederick Wiseman qui, pour l’occasion, nous entraîne en plein cœur du Bridgewater State Hospital dans le Massachusetts (située sur Titicut Street, d’où son titre), une prison d’état pour aliénés criminels. Une œuvre phare dans sa filmographie, injustement interdit de diffusion durant 24ans.
Pendant 90min, le réalisateur lève le voile sur les conditions de vie des prisonniers, qui sont chacun reclus dans des cellules vides et où rares sont les fois où ils peuvent aller se laver et s’ils ne nourrissent pas, ils se retrouvent entubés. Les détenus se retrouvent bien souvent obligés d’être déshabillés en public et les ¾ du temps, sans raison valable.
Titicut Follies (1967) est une plongée dans l’horreur où le réalisateur y a laissé tourner sa caméra sans jamais intervenir et ce, pendant un mois. On y voit les prisonniers déambuler dans les espaces, hurler ou parler dans le vide, le regard hagard ou persistant, des corps affaiblis, amincis voir distordus. L’institution nous apparait aussi d’une grande vétusté (les bâtiments datent du 18ème siècle) et laisse apparaître sans le moindre remord les mauvais traitements aussi bien physiques que psychologiques.
Avec son film, le réalisateur dénonce le mauvais traitement infligé à ces personnes malades, raison pour laquelle tout cela a été vu d’un très mauvais œil par certains. Suite à une injonction du gouverneur du Massachusetts, le film fut interdit d’exploitation avec obligation de détruire toutes les copies (avec pour raison invoquée que le film violerait l’intimité et la dignité des patients alors qu’en réalité, ils avaient surtout peur que ne soit dévoilé aux américains la triste réalité qui y règne sur place). Plus de 20ans après, en 1991, un juge de la Cour supérieur à fini par lever l’interdiction de la sortie du film auprès du grand public.
Le film dévoile à la fois le mauvais traitement infligé aux malades mentaux ainsi que l’abus de pouvoir au sein d’institutions étatiques. Les scènes dérangeantes voir choquantes s’enchaînent les unes après les autres, comme celle où un malade refuse de se nourrir et se retrouve avec une sonde dans le nez (reliée à son estomac) pour le nourrir de force (le médecin s’affaire, cigarette au bec, on s’attend à voir la cendre tomber dans l’entonnoir où la nourriture y est déversée). Le plan est alterné avec une scène d'embaumement (on comprend qu'il s'agit de la même personne, décédée quelques temps plus tard).
Un documentaire choc, qui dénonce et qui surtout, montre très rapidement le talent de Wiseman, un documentariste qui ne cessera de prendre le pouls de l’Amérique à travers d’innombrables & passionnants documentaires.
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➽ Film vu dans le cadre d’une intégrale « Frederick Wiseman »