Trop tard pour les remakes

Avis sur Trop tard pour les héros

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Reconnaissons-le, le cinéma US s'est bien souvent distingué par sa capacité à être critique envers les événements historiques récents de son propre pays. Même si l'ombre du politiquement correct se fait parfois sentir, les films dénonçant les dérives guerrières de l'Oncle Sam vont se multiplier à partir des années cinquante avant de trouver leur apogée au moment de la guerre du Vietnam. Au sein de ce mouvement contestataire, Robert Aldrich y tient une place prépondérante puisque dès 1956, avec Attack !, il déboulonne le mythe du héros de guerre, en montrant des officiers lâches et manipulateurs, avant de fustiger l'inhumanité de l'institution avec The Dirty Dozen. Forcément en ce début des années soixante-dix, la tentation de poursuivre sur sa lancée est grande et naît ainsi le projet Too Late the Hero, reprenant les grandes lignes de ses films précédents. Se pose alors l'intérêt d'un tel film, qui se contente de reproduire ce que tant d'autres ont démontré avec talent pendant de nombreuses années !

La singularité de Too Late the Hero, s'il fallait en trouver une, réside dans sa manière d'aborder le sujet. Après avoir montré qu'il y avait matière à trouver plus d'héroïsme parmi les rebuts de la société que chez les "boys scouts" ou les gradés, il s'emploie cette fois-ci à représenter le véritable héros sous les traits d'un homme ordinaire qui se montre valeureux seulement dans la contrainte. Le héros chez Aldrich n'a rien d'un superman ou d'un glorieux patriotique, c'est un simple quidam qui dépasse ses limites avant tout pour sauver ses propres fesses. Des caractéristiques que l'on retrouve chez les deux principaux protagonistes, interprétés par l'excellent Michael Caine et le peu charismatique Cliff Robertson, qui seront perçues comme de véritables tire-au-flanc avant d'être contraint à la bravoure. Outre cette vision amère du héros, on retrouve la verve typique d'Aldrich à travers le portrait peu reluisant de l'armée qu'il nous dépeint : les officiers se dorent la pilule au soleil, tandis que le troufion, aussi négligé que peu motivé, ne pense qu'à déserter à la première occasion ! Même si les traits sont épais et que l'originalité n'est pas de mise, le cinéaste parvient néanmoins à dénoncer l'absurdité du combat (le sacrifice de ces hommes est vain puisqu'il n'influencera pas le cours de l'Histoire) ainsi que sa monstruosité manifeste (seuls les planqués insensibles et les psychopathes semblent y trouver leur place).

Seulement le savoir-faire du cinéaste n'y changera rien, Too Late the Hero peine à se montrer passionnant sur le sujet. Loin d'être innovant, il se contente souvent d'empiler les clichés (l'officier sadique, le soldat barjot, etc.), les situations attendues (à la barbarie du Britannique, qui exécute ses prisonniers de guerre, répond l'humanisme du Japonais qui épargne les siens, etc.) et expose avec tiédeur un discours antimilitariste qui sent pleinement le réchauffé : tout cela a déjà été porté à l'écran à maintes reprises, avec bien plus de verve et de talent ! Car, excepté quelques passages marquants (la torture psychologique que les Japonais exercent sur le commando par le biais de haut-parleurs, la course en zigzaguant des soldats sous le feu de l'ennemi), le film demeure platement conventionnel, tant sur le déroulement de l'intrigue que sur le propos sous-jacent, tout en étant beaucoup trop long. En ne semblant pas avoir conscience d'une histoire cinématographique à laquelle il a pourtant participé, Aldrich ne se montre pas capable de se renouveler et signe un film, certes correcte, mais dont l'intérêt est véritablement discutable.

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