Harcèlement sexuel

Avis sur Un moment d’égarement

Avatar Cyprien Caddeo
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La promo de Un moment d'égarement a été lancé par un bad buzz déclenché par Frédérique Bel – de l'ancienne Minute Blonde – à propos de l'absence du nom des deux actrices sur l'affiche. Critique légitime peut-être, mais pas à cause de la misogynie supposée d'un tel procédé : on est là sur une stratégie de studio, où seuls les noms des stars bankables – ici Cluzet et Cassel – sont mis en avant. Ce qui est idiot, car le rajout des noms d'Alice Isaaz et Lola Le Lann (non, ceci n'est pas un pseudonyme) n'aurait absolument pas affecté les entrées à la baisse. Les critiques, en revanche, si. Et si seulement elles pouvaient s'arrêter à l'affiche et à sa maladresse....

Maladresse. C'est probablement le mot qui convient le mieux pour définir ce remake d'un film éponyme de Claude Berri daté de 1977, remake produit par fiston – Thomas Langmann – comme quoi tout se recoupe. Le cinéma est une affaire de familles, dit-on. Maladresse, donc : en effet le film nous perd entre ce qu'il veut montrer manifestement et ce qu'il nous montre en réalité. Et en cela, il y a deux coupables, l'écriture des personnages, et le jeu de Lola Le Lann. En plus d'avoir un nom qui doit faire transpirer d'effroi tous ceux qui ont des problèmes d'articulation – Frank Ribéry, par exemple – la jeune fille tourne là son premier film (et ça n'a rien à voir avec le fait que sa mère soit actrice, non, non, non, mauvaises langues que vous êtes) ; et le moins que l'on puisse dire, c'est que ça se voit. Tout ou presque sonne faux dans ses répliques, jusqu'aux scènes où elle pleure – ce qui n'est quand même pas bien compliqué. Alors, certes, elle n'est pas aidée, tout comme le reste du casting, par des lignes de dialogue franchement artificielles la plupart du temps. L'exemple paroxysmique étant les dialogues du début entre les deux ados : à coup de « badant » et autres « genre, le bolosse, quoi », mais écrits par un type qui n'a jamais usé de ce langage "jeune", on tombe dans la ringardise absolue. Alice Isaaz s'en sort malgré tout, preuve de son talent – déjà esquissé dans La Crème de la Crème l'an dernier ; Vincent Cassel aussi. François Cluzet surjoue et ressemble davantage à sa marionnette des Guignols ou à sa parodie du Palmashow qu'à lui-même. Quant à Francis Lalanne, euh Lola Le Lann pardon, et bien on est dans un registre Plus Belle La Vie.
On en vient au problème principal : l'intrigue ne tient pas. Car le personnage de Luna qui doit draguer Cassel est, du fait des éléments listés ci-dessus, celui d'une ado de 17 ans complètement conne – une dinde qui glousse – dont les deux seuls neurones échouent à contrer l'activité débordante de ses hormones. Dés lors, après qu'il est succombé au cocktail sexe + alcool, on comprend que Cassel veuille à tout prix s'en débarrasser. Or, le film ne veut pas dire ça : Cassel est censé hésiter et lutter contre son désir car c'est une mineure, et qu'elle est la fille de son meilleur ami, pas parce qu'elle est juste exaspérante. Mais c'est juste une abrutie doublée d'un pot de colle, et il n'a aucun désir pour elle autre que physique. Difficile aussi pour le spectateur de développer un questionnement moral du style « après tout, qu'importe l'âge ? » puisqu'il est trop occupé à prier pour que Vincent Cassel lui mette un gros coup de boule pour qu'elle arrête son harcèlement...

Bref, on fait face à un gros raté de ce point de vue là, qui explique la gène de certaines critiques devant le film : Cassel qui devient une victime alors que bon, il en a quand même profité au passage, hein. C'est d'autant plus frustrant parce qu'on voit bien que le film cherche à dire complètement l'inverse. Preuve en est, la fin :

Cluzet pardonne à Cassel, et gros plan sur le visage d'Arnaud Le Lan, enfin Lola pardon

Alors oui, si l'histoire d'amour entre les deux avait été bien écrite – si c'était vraiment une histoire d'amour, par exemple – cette happy end aurait fait sens. Mais là, on entend juste : Cassel a carte blanche pour se taper des connes, et l'autre a pas fini de le coller... Et là, vous pouvez rappelez Frédérique Bel, car ça pue le machisme.

C'est donc pour résumer un gigantesque gâchis, car les décors corses sont magnifiques, le casting est bon, la promesse aussi. Mais une incapacité complète à écrire correctement l'intrigue fait que le tout se casse la gueule et se ramasse des critiques - « vulgaire, stéréotypé » - au final méritées.

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