Terminus Cosmos

Avis sur Valérian et la Cité des mille planètes

Avatar Tanaziof
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J'y croyais.

Après tout, qui d’autre que Besson pour adapter Valérian ? Qui d’autre que Besson pour allonger pas loin de 200 millions d’euros pour l’adaptation d’une BD connue des seuls bédéphiles francophones ?

Très rapidement, un léger souci apparaît. L’essence du film, ce n’est pas un immense Space Opera gorgé d’effets spéciaux, débordant de couleurs et de créatures fabuleuses. Non. Le Valérian de Besson est avant toute autre chose une histoire d’amour. Argh.

Dans la BD La romance entre Valérian et Laureline est totalement secondaire, elle se devine et progresse en marge de leurs aventures. On ne sait pas vraiment à partir de quand ils forment un couple, la nature même de leur relation reste assez ambiguë. Dans ces conditions, pas étonnant que les personnages soient difficiles à reconnaître, leurs interactions dévient totalement du matériau de base.

Et ça n’a pas grand-chose à voir avec la performance des acteurs. Pas emballé au départ, Cara Delevingne a fini par me conquérir. Physiquement bien sûr, mais même au-delà, sa Laureline est crédible et finalement assez fidèle. Même si je regrette que Besson ait passé à la trappe son histoire originale. Dans la BD, c’est une paysanne du moyen-âge. Déjà, ça lui donne un peu de piquant et puis surtout ça rappelle à tout le monde que Valérian est censé être un agent spatio-TEMPOREL. Un détail visiblement.

Pour Dane DeHaan, c’est plus compliqué. Son visage est clairement trop juvénile, mais il s’en sort bien dans certaines scènes d’actions. Le gros problème ne vient pas de lui, mais de l’écriture. Besson a pris des comportements anecdotiques de la bande-dessinée et en a fait le plus gros morceau de la personnalité de son personnage. Valérian est effectivement vantard, arrogant et limite machiste par moment, mais on parle d’une case ou deux par album, et encore, surtout dans les premiers. Alors que là c’est son trait de caractère principal.

Séparés, les personnages sont relativement plaisants. Réunis, l’alchimie ne se fait pas et leurs interactions occasionnent quelques grincements de dents.

Bilan tout autant mitigé pour le scénario. D’un côté, beaucoup d’éléments repris fidèlement des albums, d’un autre côté le scénario remplace des éléments intéressants de l’Ambassadeur des Ombres et des enjeux autrement plus excitants par une morale vue et revue, fade au possible… le génocide c’est pas bien. Attention, ça dénonce sec.

Même chose pour le travail visuel et musical. Très créatif et impressionnant pendant les deux tiers du film, les décors sont progressivement remplacés par de l’ennuyeux, des lieux composés de plusieurs teintes de gris et de marron, jusqu’à finir dans une grotte moche et un vieux hangar. Ça manque de panache quand même. Quant à la musique, c’est totalement anecdotique. Incompréhensible quand on se rappelle des thèmes géniaux du Cinquième Elément.

Mais il y a des choses réussies dans tout cela. Déjà, il y a la scène du marché virtuelle, assez créative et qui voit Valérian et Laureline adopter un comportement assez proche de leurs modèles de papier. Valérian ayant tendance à attaquer frontalement les situations et Laureline agissant de manière plus réfléchie.

Il y a aussi la traversée au pas de charge, à travers les murs, de Point Central (étrangement renommé Alpha), un des rares moments du film où l’on est amené à découvrir un peu des environnements des multiples races qui habitent la station.

Les Shingouz (renommés, eux aussi) et la chasse à la méduse, reprise case par case de l’album, sont une belle réussite.

Enfin, il y a le kidnapping de Laureline et l’extraterrestre avec son décapsuleur de crâne qui m’a beaucoup fait penser à une vieille BD de dark fantasy dont je ne retrouve pas le nom. En tous cas, ça m’a fait plaisir.

Alors oui, Valérian est une déception. J’attendais mieux, j’attendais plus, j’attendais le retour du grand Besson au service d’une des meilleures œuvres de SF existantes et je n’ai eu qu’un film sympathique plombé par une intrigue sans envergure, un couple de personnage mal géré et une créativité visuelle en decrescendo au fil de l’histoire.

Malgré tout, il y a une volonté de bien faire palpable dans ce film et, franchement, je préfère mille fois qu’on donne des subventions à Luc Besson pour tenter des trucs ambitieux plutôt que de financer une dizaine de comédies minables.
Valérian sur grand écran, c’est un rêve qui se réalise et rien que pour ça je dis merci Monsieur Besson. Merci d’y avoir mis les moyens.

A ceux qui ont aimé le film, je dis de se plonger immédiatement dans la bande-dessinée. Vous y découvrirez un univers épique et fabuleux, précurseur d’un bon paquet d’autres œuvres de SF bien plus populaires, une aventure bien construite aux multiples facettes, toutes sortes de personnages attachants et charismatiques et de créatures mémorables.

A ceux qui n’ont pas aimé le film, je dis exactement la même chose, pour les mêmes raisons.

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