Friday the 13th (Sean S. Cunningham, U.S.A, 1989)

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Friday the 13th (Sean S. Cunningham, U.S.A, 1989)

‘’Friday the 13th’’ premier du nom est ce que l’on peut appeler un trope codifier, puisque son influence sur la codification du slasher dans les années 1980 est incontestable. Deux ans après le ‘’Halloween’’ de John Carpenter, qui popularisait le genre aux yeux du grand public, le film de Sean S. Cunningham rencontre un succès énorme (40 millions de $ de recette, pour un budget avoisinant les 500 000 $), et lance une saga qui traversa toute la mode du slasher, avec ses hauts, mais aussi ses bas.

Le film ne perd pas de temps, et dès l’ouverture, deux moniteurs d’un camp de vacance, des adolescents qui rentabilisent leur Bafa, sont en train de batifoler sous des combles, quand une personne (en vue subjective) les surprend. Ils la connaissent visiblement, et s’empressent de se rhabiller, mais ils se font tuer à l’arme blanche, direct. Ce qui n'était qu'une séquence dans ‘’Halloween’’, devient ici dès le départ une convention, qui restera par la suite : sexe = mort.

Se mettent ainsi en place les conventions qui feront le succès du genre au cours de la décennie. Des jeunes mono qui se lancent dans un strip-Monopoly, en buvant de la bière et en faisant tourner des joints, ce n’apparait pas être une bonne idée. Un tout jeunot Kevin Bacon, après s’être adonné à une séance de sexe hors mariage, s’allume un petit joint, et BAM, coup de couteau dans la gorge. Le tueur passe sous le matelas, geste appelé à devenir une marque de fabrique de la saga.

Tout comme la machette plantée en pleine face, ces séquences gores, magnifiquement élaborées par Tom Savini, viennent marquer les esprits, par un jusqu’au-boutisme assumé, violent et radicale. Le tout enveloppé dans une ambiance musicale de grand niveau, avec le score d’Harry Manfredini, qui deviendra légendaire. ‘’Tch Tch Tch, Ha Ha Ha’’, est une tonalité simpliste, dans la ligné du score de John Carpenter pour son ‘’Halloween’’. Une sonorité qui veux en réalité dire ‘’Ki Ki Ki, Ma Ma Ma’, soit l’association de ‘’Kill’’ et ‘’Mommy’’.

La récurrence de ce thème, et son sens caché, donne une dimension toute particulière à une œuvre qui a un pied dans les années 1970 (l’action se déroule d’ailleurs en 1979), et un autre dans les années 1980. Cela se perçoit dans la mise en scène de Sean S. Cunningham, avec une caméra à l’épaule, qui colle au maximum les protagonistes, avec un style hérité du cinéma vérité des années 50/60, popularisé dans les seventies, avec le Nouvel Hollywood.

Avec ses redneck inquiétants, une menace invisible mais bien présente, et sa réflexion sur la faillite du model masculin, ‘’Friday the 13th’’ se présente dans un premier temps comme la traduction d’un constat d’échec du rêve américain, et de toute la vague libertaire née à la fin des années 1950, et les Beatniks, influence certaine sur l’ouverture des mœurs de la contre-culture des années 1960.

Les ados libidineux, engagés comme moniteurs au camp de Crystal Lake, incarnent cette désillusion du modèle américain, qui en 1980 est dans une période de repli, avec une vague de conservatisme s’étendant sur la nation. Les excès des 70’s ont entérinés l’esprit libertaire de la fin des années 1960, avec le Flower Power, qui s’avère être un échec idéologique total.

Dans ce premier volet, le tueur n’est pas un homme, c’est Pamela Voorhes, la maman de Jason, qui deviendra la figure de la franchise par la suite. Elle est là pour venger la mort de son enfant, noyé en 1957, durant son temps au camps de vacance, alors que les monos étaient trop occupés à se livrer au sexe hors mariage, à boire l’alcool et à fumer de la drogue. Au lieu de surveiller les mioches.

Épris de vengeance, elle revient à Crystal Lake alors que le camp est sur le point de rouvrir ses portes. Et massacre les jeunes avant qu’il ne soit ouvert. C’est ainsi une femme née en 1930, qui correspond à l’Amérique des années 1950, dans laquelle elle est devenu adulte. Une Amérique forte et fier, qui dans le tourment de la Guerre Froide prône son modèle idéologique, en fer de lance. Elle est issue d’une Amérique prè-assassinat de Kennedy, correspondant à un autre modèle, celui d’une nation innocente qui n’a pas encore été confrontée à toutes les horreurs qui arrivent dans les années 1960.

Pamela Voorhes vient faire payer les dérives de la société à de pauvres jeunes, qui eux n’ont comme objectif que de passer du bon temps. C’est deux Amériques antagonistes, mais qui cohabitent ensembles, qui se retrouve à s’affronter. Le tueur est donc une femme, et celle qui se retrouve face à elle à la fin est également une femme.

Le film consolide une fois de plus l’une des caractéristiques du slasher, qui remonte à bien avant que la terminologie du genre soit développé, puisqu’on peut voir ‘’Psycho’’ d’Alfred Hitchcock en 1960 comme le papier carbone du genre. Face à Pamela Voorhes se trouve alors l’unique survivante du camps, Alice, bien décidé à s’en sortir. Au point de se défendre avec tout ce qui lui tombe sous la main. Mention spéciale à la poêle, un outil toujours efficace lorsqu’envoyé en pleine face. Puis machette en main elle décapite Mrs Voorhes, lors d’une scène particulièrement graphique, qui pour l’époque à dû en choquer plus d’un/e.

Fort d’une séquence finale aux airs de train fantôme, avec les cadavres des victimes qui tombent de partout sur le chemin d’Alice, ‘’Friday the 13th’’ est loin d’être avare dans sa représentation de la mort. Violente et sans concession, elle et semée par un être malade n’ayant plus le sens des réalités. Ne fonctionnant que dans un seul but, faire payer à la jeunesse leur insouciance. Il y a là une ouverture toute tracée pour utiliser ce genre naissant comme vecteur d’une idéologie conservatrice, qui en 1980 n’y est pas encore apposée.

Avec un vrai sens de l’attraction le film de Sean S. Cunningham demeure 40 ans après sa sortie encore plaisant à suivre. Il n’a pas tellement vieilli, et avec 40 années de recul il n’est pas étonnant qu'il ait marqué le genre. Il est vraiment terrifiant, à l’instar de ce dernier acte haletant versant dans l'horreur la plus pure. Sur une variation inversée de ‘’Psycho’’, alors même que la musique de Manfredini cite clairement celle de Bernard Hermann.

‘’Friday the 13th’’ c’est encore aujourd’hui cité comme l’un des modèles du slasher, et il est vrai qu’il trône au-dessus de la production de l’époque. Mais en 1980 ce n’est encore qu’un petit film à grand succès, qui n’est pas encore la porte d’ouverture à 11 suites sur 29 ans. Et il est mieux d’apprécier ce film pour ce qu’il est, et non pour ce qu’il est appelé à devenir : le premier volet d’une saga d’exploitation.

Body Count : 9 de la main de Mrs Voorhes + une Mrs Voorhes décapitée par Alice.

To be continued…

-Stork._

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