The Age of Zeroes

Avis sur Zack Snyder's Justice League

Avatar Xidius
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4 ans après cet énorme accident industriel qu'était Justice League, voilà donc la version de son réal, celle qui devait réparer tous les tords, prouver sa vision d'auteur et montrer que le machin aussi pété de tunes que désincarné et mal branlé sorti en salles était belle et bien une entorse due aux producteurs, ces féroces costards-cravates qui n'y connaissent rien à l'art et à ce que veulent les fans.

Goodbye les reshoots toxiques de Joss Whedon et le résultat sous forme de monstre de Frankenstein cinématographique, ce coup-ci Justice League ça allait avoir de la gueule, un cœur et une histoire.
On saluera déjà le génial coup marketing de la Warner, qui a réussi à s'attirer les louanges et à passer pour le studio qui répond "enfin" à une horde de fans enragés, et qui doit en vérité être totalement paumé puisqu'on rappelle qu'il y a 5 ans, les mêmes fans avaient descendu de toute part Batman V. Superman, en demandant via pétitions et hashtags sur les réseaux sociaux le licenciement pur et simple de Snyder.
Snyder était jugé balourd, on lui reprochait de n'avoir rien compris aux personnages, de faire inutilement compliqué pour une intrigue maigre et son parti pris résolument sombre n'avait au final rien de plaisant.

Alors qu'est-ce qui a changé en 5 ans ?
Rien.

Affublé d'une durée délirante de 4h (!), cette version où on lui a tout cédé vient prouver à quel point Warner avait un projet flingué à l'époque, avec un réal déjà en bout de course qui ne demandait qu'à être accompagné et encadré, surtout quand cette histoire d'équipe est présentée comme étant le fruit d'un seul homme, salut l'ironie.
Certes, cette nouvelle version a au moins le mérite de ne pas être aussi rafistolée que la précédente, et propose une meilleure tenue globale, sans problème de moustache effacée numériquement offrant à Superman une uncanny valley non stop, ou de dialogues tordus dans tous les sens avec des acteurs filmés sur fond vert parlant dans le vide.

Pour ce qui est du mieux, c'est à peu près tout tant cette nouvelle version repose sur le même schéma narratif rachitique, mettant en scène pendant 4 putains d'heures la formation d'une équipe face à un méchant qui veut réunir 3 boites pour tout faire péter.
Ayant plus des airs de mini-série que de film, cette version semble crier "WE NEED A MONTAGE" du début à la fin tant c'est un errement narratif permanent, qui semble avoir ramassé tout ce qui a été tourné pour le mettre dans le "film", même quand ça fait redite, même quand ça n'apporte rien, même quand on a déjà compris les choses plusieurs fois.
Non seulement il n'y a aucune plus-value narrative globale si ce n'est le teasing de Darkseid pour une suite qu'on ne verra apriori jamais, mais il faut voir à quoi point le film radote, se répète et met des plombes pour ne pas avancer.

Par exemple, vous avez le droit à une Lois Lane qui vient ponctuer le film de temps à autre avec une mine maussade pour rappeler qu'elle est triste.
Il y a-t-il un intérêt narratif quelconque d'une scène à l'autre ? Non, c'est toujours Amy Adams qui traîne le regard dans le vide, et éventuellement la 5ème fois on case un caméo sorti de nulle part pour faire plaisir au fan, caméo qu'on ne reverra qu'à la toute dernière scène pour teaser la suite qu'on ne verra jamais !
Il faut compter le nombre de dialogues pseudo-tendus où les personnages se répètent que ça va barder pour s'en convaincre, de scènes d'expositions lourdingues qui rabâchent et ce y compris dans l'action (mettez côte à côte les Amazones qui veulent empêcher machin de choper sa boite, et le flash-back contre Darkseid : c'est le même décor, c'est les mêmes chevauchées numériques, les mêmes connards qui se tapent dessus...), et il faut voir à quel point tout ça semble raconté par un gamin tristouille de 6 ans, pas foutu de faire monter la sauce ou de donner de l'enjeu et du fond à tout ça.

Justice League était vide en salle, il l'est tout autant par Zack Snyder, qui compte sur le personnage de Cyborg pour relever le bazar, celui-ci réitérant un conflit père/fils qu'on avait déjà eu dans Man of Steel. Incapable de raconter quoi que ce soit de nouveau, Snyder profite de sa carte blanche pour jeter en pâture ses conneries habituelles pour faire illusion.
Sans même parler de l'abus maladif de ralentis qui en vient à annuler l'effet produit (sans même parler du fait que c'est censé être la spécificité formelle de Flash pour justifier sa vitesse alors que tout le monde est en ralenti au final...), chaque action prend 3 plombes, avec des circonvolutions souvent absurdes pour montrer des choses simples, entre les 50 allers-retours de Steppenwolf à sa base pour faire le point sur son plan tout con, ou les blagues flinguées de Barry Allen qui tombent à plat tant chaque scène dure 1000 ans, annulant toute rythmique comique vu qu'il n'y a pas de rythme tout court !
Snyder pense que la durée extrême induit de l'épique et du souffle quand ça en devient assommant, et échoue dans sa mission première de conteur en tombant dans les pires travers de la série TV actuelle, point sur lequel il finit par rejoindre Marvel alors qu'il veut se poser comme son contraire. Tel les épisodes de séries qui meublent avec des dialogues ineptes et des semblants de péripéties qui n'apportent rien de plus au récit si ce n'est la durée réglementaire pour durer 50 minutes, ce cher Zack confond complexe avec compliqué et enchaîne absurdité sur absurdité comme ses précédents films DC.

Petit florilège :
-On a donc des Amazones qui passent je ne sais combien d'années à rester une centaine autour d'une boite avec leurs armes tendues (pas cool le job), et qui décident de condamner le tunnel d'entrée du lieu quand ça part en sucette alors que l'intrus s'est téléporté à travers le plafond !
-Nos fameux justiciers échafaudent un super plan pour s'infiltrer dans la base où il y a le vaisseau de Superman alors que le père de Cyborg y bosse à un poste important et les laisse faire quand il les découvre dedans !
-Dans le même genre "perdons du temps parce qu'après tout, on est plus à ça près", on a le droit à un dialogue où les mecs discutent de comment ils vont trouver la base de Darkseid grâce aux satellites de Bruce Wayne, alors que celle-ci émet 2 minutes plus tard une onde de choc ressentie dans toute la planète.

Tout dans cet univers semble dévitalisé, le concept premier du héros devant sauver des gens étant absent puisqu'il n'y a pas de gens, à part une bande d'acteurs sans aucune alchimie, qui ne semblent même pas y croire, perdus dans des décors désespérément vides.

Et ces personnages, parlons-en !
-Batman est donc réduit à un bourrin vraisemblablement sponsorisé par l'armée ou les lobbies de l'armement, qui fait feu de tout bois avec plus d'équipement qu'un Tony Stark, passant son temps à tirer non-stop sur tout ce qui bouge. Et quand il est Bruce Wayne, sa seule motivation la mâchoire bien serrée est donc de "réparer son erreur", et pour l'humaniser les scénaristes ont trouvé un ressort comique unique pour tout le film : il est riche. Donc on ne fait que des blagues là dessus.
-Wonder Woman, ou Diana, n'est là que pour débiter du plot sur la menace qui arrive.
Sinon, on ne manque pas de rappeler qu'elle est un peu bête même si elle a 5000 ans, en témoigne une scène super étrange où Alfred lui explique comment faire du thé. OK.
-Flash, c'est Ezra Miller qui fait du Ezra Miller en roue libre, tout désigné qu'il est comme étant le side-kick comique du film. C'est le djeunz de la bande, on lui a ajouté une scène pour présenter son amoureuse dans un accident de voiture où il semble plus intéressé par une saucisse qui vole que par sa demoiselle en détresse (!), mais de toute façon on ne la reverra jamais du film et il préfère demander s'il peut se taper Wonder Woman. Et c'est soit-disant le mec le plus rapide de la planète, mais il comprend toujours tout après tout le monde (regardez, il n'a pas compris qu'il fallait partir du toit de la police de Gotham comme ses copains, qu'est-ce qu'on se marre!), et sa super-vitesse est gérée aléatoirement au gré des scènes. Un batarang, il l'évite sans soucis en étant immobile, par contre un tir de tourelle à 1 km alors qu'il court plus vite que jaja en distordant le temps, pas de bol il se le prend...
-Aquaman, c'est Jason Momoa qui passait par là, caractérisé par une scène gratuite où le mec boit du whisky en se prenant des vagues au ralenti (Aquaman, you get it ?), et globalement on pourrait le retirer du film ça ne changerait rien, à part s'infliger des scènes aquatiques foireuses dans des ruines super sombres (on ne voit rien là dessous !) où les mecs vivent sous l'eau mais passent leur temps à faire des énormes bulles d'air pour se parler.
C'est secret Atlantis, mais apriori ça devrait pas être trop compliqué à trouver, suffit de chercher les remous à la surface !
-Superman, qui fait de la figuration ici, en est réduit à un pantin débile qui veut tuer tout le monde avant de se rappeler qu'il a une copine, pour devenir un immense poseur à la fin qui troll ses adversaires parce qu'un coup de hache, ça lui fait rien, trop classe le mec.
-Cyborg enfin, le cœur du film, le monsieur qu'il est cassé mais qu'en fait non. Difficile de s'identifier à un acteur dont le visage surnage dans un corps au métal bling-bling à l'incrustation parfois hasardeuse, tant on a parfois la sensation que le machin "flotte" au dessus de sa tête.

Difficile de s'accrocher à qui que ce soit dans ce calvaire, d'autant plus que le climax se déroule dans une ville désaffectée (!!), pour une orgie de doubles numériques se foutant sur la gueule dans un ersatz de cinématique de jeu vidéo hideuse, jamais spectaculaire et tout juste bonne à faire beaucoup de bruit et à vomir du pixel.

À quelques détails près, tout ce qui était déjà foireux en 2017 est toujours présent, toute la vacuité de son histoire et la lourdeur de sa mise en scène sont restées intactes, ce Justice League soit-disant corrigé rappelle bien que Warner s'y est foutrement mal pris à sa sortie tant son semblant de scénario aurait très bien pu tenir en 2 heures entre de bonnes mains (il suffisait de recruter un monteur), et prouve à quel point ce projet mortifère, grisâtre et pachydermique est malade depuis le début, comme en témoigne la dédicace finale à la fille suicidée de Snyder. Jusqu'au bout, la tristesse.

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