Une note certes très généreuse, reflet du courage des hommes qui ont filmé ce documentaire. Le journaliste ukrainien Mstyslav Chernov avait déjà tourné l'hallucinant "20 Days in Mariupol", en plein siège de la ville par les Russes en 2022. Il remet le couvert à l'été 2023, cette fois en suivant de très près la fameuse contre-offensive ukrainienne. Opération militaire majeure attendue par les Occidentaux, qui s'avéra laborieuse et très en-deça des attentes.
Dans "2000 metriv do Andriivky", on suit les soldats ukrainiens qui vont péniblement reprendre le village d'Andriivka. Une situation qui parait totalement ubuesque. Le village n'est accessible que via une étroite bande de forêt (ou ce qu'il en reste) de 2 km de long et quelques dizaines de mètres de large. Tout ce qui est hors de cette bande est complètement miné.
Une bande de forêt où il faut avancer péniblement tranchée par tranchée, sous les tirs russes. Sachant que le village est évidemment totalement en ruine, et n'a strictement aucun intérêt stratégique intrinsèque.... et que tout sera repris les Russes dans les mois qui suivront le tournage...
Le film est un mélange d'images de body cam des soldats sur le front, d'images de drones, et d'images tournées par Chernov et son photographe, également sur le front. Le réalisateur aurait pu tomber dans le piège du film de guerre propagandiste, ou du récit racoleur et esthétisé façon jeu vidéo.
Heureusement, rien de tout cela !
Chernov évoque les séquences de combats en première ligne, sans fard. Les fusillades, les grenades, la haine, les fourberies, les blessés, les morts. Mais aussi les tactiques, mêlant celles de la guerre moderne (drone kamikaze, PC informatisé, liaison radio...). Et d'autres qui semblent tout droit sorties de la Première Guerre Mondiale (messages écrits transmis à pied, guerre de tranchée, rôle crucial de l'artillerie...).
Mais le journaliste évoque surtout l'Homme. Il se permet des dialogues très humains avec des soldats aux profils divers, qui ont un point commun : tous sont volontaires. Le montage effectué en 2025 donne davantage de recul et de profondeur, évoquant en voix-off le sort bien souvent funeste de ces jeunes hommes courageux.
Et à travers les quelques commentaires, et des idées fortes de mise en scène (un cimetière vu de haut, l'appel des morts...), Chernov engage des réflexions sur l'héroïsme, le devoir, ou la finalité d'une guerre qui parait sans fin. Des thématiques souvent abordées dans le cinéma de guerre... mais les voir traitées ici sur une véritable ligne de front, dans une guerre actuelle qui parait inextricable, est particulièrement saisissant.