À belles dents, un film de Pierre Gaspard-Huit — ou comment faire rimer luxe, beauté et dépression nerveuse.
C’est l’histoire de gens brillants, riches, réussis, élégants… et désespérément tristes. Ils ont tout : l'argent, les maisons d'architecte, les vêtements préapportés (probablement bénis par Balenciaga lui-même), une intelligence redoutable, des profils parfaits… Mais ils n'ont pas la joie. Ah non. Pas une once. Ils sont tellement tristes qu’on finit, nous aussi, par sombrer dans cette mélancolie satinée. C’est contagieux, cette beauté vide.
Pierre Gaspard-Huit signe ici une œuvre très personnelle — à croire qu’il l’a tournée seul dans une pièce feutrée, entre deux soupirs, un verre à la main. Tout y est soigné : la photo est somptueuse, les décors d’un raffinement accablant, la mise en scène... posée. Très posée. Tellement posée qu’on a parfois envie de secouer l’écran pour vérifier que tout le monde est encore en vie.
Mireille Darc est, bien entendu, sublime. Elle porte le spleen comme elle porte ses robes : avec une grâce surnaturelle. Jacques Charrier, Daniel Gélin, Peter van Eyck, Paul H. Schmitt : tout le monde est là, impeccable, l'air vaguement suicidaire mais photogénique. Même les vieilles sorcières sont fascinantes — c’est dire si le casting est soigné.
Et pourtant, malgré tout ce chic, le film ne décolle jamais. Il reste là, beau et creux, comme un vase en cristal vide sur une cheminée Louis XV. On retiendra quelques belles images, parfois psychédéliques, comme des éclats de rêve qui auraient fui le scénario. Mais au fond, il ne reste qu’une ambiance — un parfum de tristesse mondaine, capturé avec talent, mais qui laisse un drôle de goût.
C’est pas grand-chose. Mais c’est déjà ça.