Après l’adrénaline du champ de bataille dans Démineurs et la paranoïa de la traque dans Zero Dark Thirty, Kathryn Bigelow revient avec A House of Dynamite, qui explore le scénario d’une frappe nucléaire sur les États-Unis.
On y suit, de manière ultra réaliste mais stylisée, la gestion de crise durant les 18 minutes qui séparent le signalement d’un missile lancé depuis le Pacifique de son impact prévu sur Chicago.
Bigelow filme de manière chirurgicale cet enfer bureaucratique à travers plusieurs points de vue pour montrer que, si tous les scénarios ont été anticipés sur le papier, dans la réalité, ceux censés réagir, englués dans leurs protocoles, se condamnent à l’inaction.
Le film pose la question : que faire lorsque l'ennemi n'est pas identifié et qu'une guerre nucléaire est déclenchée par accident ou par incompétence. Dans le climat actuel, entre les tensions grandissantes et l'évolution exponentiel des IA, ce scénario est terrifiant.
Néanmoins, si la structure du film renforce d’abord la tension, elle finit aussi par en révéler les limites. En rejouant sans cesse les mêmes 18 minutes à travers différents points de vue, Bigelow cherche à illustrer la confusion d’un système dépassé par l’urgence, mais à force de multiplier les perspectives, le film perd un peu de sa force dramatique : chaque nouvelle séquence confirme plus qu’elle ne révèle, même si les points de vue se complètent.
A House of Dynamite agit comme une mirroir de notre époque : celle où le risque d’effondrement global ne vient plus de la malveillance, mais de l’absurdité bureaucratique et du déni collectif.