A House of Dynamite est le nouveau film de Katherine Bigelow, il vient de sortir sur Netflix et oui, encore un film d'auteur qui se retrouve sur une plateforme parce que les studios de cinéma n'ont plus les couilles de produire ce genre de film.
Que raconte ce film ? Et bien, c'est pas compliqué : un missile arrive tout droit sur les États-Unis et on va suivre toutes les strates de la défense du territoire américain, que ça soit les militaires en charge des missiles pour intercepter l'objet jusqu'au président qui doit prendre les décisions cruciales pour l'avenir du pays et même du monde.
Le concept est tout con mais diablement efficace et terriblement terrifiant car ce film nous montre à quel point la paix mondiale peut basculer en à peine 20 minutes.
Ce film est une mise en situation, il nous montre : et si ça arrivait, voilà ce qui arrive dans les bureaux, dans les conversations, voilà les décisions qui sont prises ou celles qui doivent être prises ; bref, ce film nous montre la machine qui est mise en place en cas d'attaque nucléaire sur les États-Unis et on peut supposer dans le monde entier.
Avant de passer à une analyse un peu triviale du film car, en soi, c'est pas un film qui va chercher une grande profondeur, c'est une mise en situation et ça s'y tient et c'est tout le sel du film.
Mais avant, je vais parler de sa réalisatrice Katherine Bigelow, elle est très souvent oubliée quand on parle des plus grands réalisateurs américains de ces 40 dernières années et je mets réalisateur au masculin parce que je parle du métier.
Elle fait partie des tous meilleurs réalisateurs américains actuellement en activité, et surtout c'est peut-être la dernière à faire encore du thriller politique si on peut appeler ça comme ça.
Pour ceux qui la connaissent pas, elle a fait entre autres un petit film pas très connu qui s'appelle Point Break dans les années 90.
Dans les années 2000, elle a fait entre autres le film Démineur, il est moins connu dans sa filmographie mais il est important parce que c'est le film qui lui a permis de remporter l'Oscar du meilleur film déjà et de la meilleure réalisation devant James Cameron et son Avatar 1 (petite anecdote : James Cameron et elle étaient en couple et c'est même Cameron qui a produit une grande partie des films qu'elle a faits des années 80 en 90).
Et oui, avant même tout, ce patacaisse,sur les réalisatrices tendance à qui on donne des prix juste parce que ce sont des femmes (je n'ai pas peur de le dire et je m'en fous de savoir ce que ça implique) Katherine Bigelow reçoit des prix parce qu'elle était à la hauteur, pas parce que c'était une femme et que l'hypocrisie hollywoodienne voudrait se racheter des saloperies qu'elle a faites avec un certain producteur appelé Harvey Weinstein.
C'est pour ça que je dis que c'est une grande réalisatrice même parmi les hommes parce qu'elle n'a pas eu besoin de ces remords hypocrite pour gagner des prix.
Mais voilà, étrangement, c'est à partir de ce moment-là que Hollywood a commencé à dégager cette même réalisatrice, elle a fait le très remarqué Zero Dark Thirty et ensuite le controversé Detroit.
Et puis d'un coup, Hollywood a dit : ah non, ça suffit des films trop politiques qui ont l'intelligence de pas traiter un sujet de façon stupide, stop.
C'est pour ça qu'aujourd'hui elle se retrouve à faire des films sur des plateformes de streaming et oui, à Hollywood on aime les femmes mais pas celles qui ont trop de gueule.
Après ce petit coup de gueule, revenons au film The House of Dynamite qui est, sans mentir, l'un des films qui m'a mis le plus la chair de poule depuis longtemps, pas parce qu'il fait peur (d'un côté si) mais juste parce que la tension qu'elle arrive à créer en l'espace de même pas 10 minutes et qu'il ne va plus te lâcher pendant tout le métrage, c'est un tour de force rarement vu.
Car oui, ce film c'est une espèce de gros colosse qui te prend par le col et te plaque contre un mur pendant 1h40, c'est littéralement se prendre un coup de pression le temps d'un long métrage.
L'histoire, je vous l'ai déjà dit : les États-Unis sont attaqués, un missile nucléaire se dirige vers eux et on va voir donc comment cette situation est gérée parmi toutes les personnes impliquées dans ce genre de situation : la sécurité nationale, le Pentagone, le président, la défense, bref tout le monde.
Là où j'ai du mal à me dire si c'est brillant ou si c'est dommageable, c'est au niveau de la narration car la narration est coupée en trois segments mais chaque segment recommence depuis le début, on suit la même situation mais avec le point de vue de différents personnages.
Quand la première fois ça arrive, je me suis dit : putain, c'est dommage, le film m'a tellement installé dans un sentiment inconfortable que revenir au point de départ désamorce un peu le truc.
Mais chacun de ces segments, qui sont à peu près de la même longueur(je dirais entre 35 et 40 minutes) arrive chacun à recréer une tension qui est pas identique à celle du segment d'avant car, même si le sujet est le même, la tension se crée sur autre chose.
Je vais spoiler la fin du film mais, par exemple, dans le dernier segment, celui où l'on suit comment le président gère cette crise, la tension n'est plus tant : est-ce qu'on peut arrêter le missile car ça on le sait, on ne peut pas, c'est inéluctable, il va s'écraser sur Chicago, une bombe nucléaire va donc tuer 10 millions de personnes, c'est acté, on le sait.
Donc tout le segment final avec le président recrée de la tension non pas sur savoir si le missile va toucher les États-Unis mais si les États-Unis vont répliquer et donc créer une guerre nucléaire.
Doit-il riposter, doit-il rien faire et juste et bien accepter que un missile a tué 10 millions de personnes sans aucune représailles et s'il doit faire des représailles, sur qui il doit les faire. C'est un petit twist qui est un peu sympa dans le film et puis je pense n'a aucune chance d'arriver en vrai. (peut-être le seul élément qui peut ne pas arriver en vrai)
Mais le missile est d'origine inconnue, il a été lancé dans le Pacifique mais son point de lancement n'a pas pu être détecté donc savoir qui l'a lancé est de la spéculation, c'est le sujet du deuxième segment d'ailleurs.
Ont va pas se mentir, la majorité des ennemis des États-Unis sont vers le Pacifique et bien il y a du monde.
La Corée du Nord ? La Russie ? La Chine ? Et donc tout le segment final consiste à savoir : est-ce que le président des États-Unis va lancer une Guerre nucléaire et si oui, sur qui.
Là je parle que du concept même du film mais j'aimerais quand même apporter une petite précision sur un élément que j'ai beaucoup aimé, c'est le côté vie du quotidien qui bascule, c'est un film un peu choral, on suit une pléthore de personnages et chacun est introduit par un moment de vie très banal.
Genre une femme qui joue avec son enfant, un homme qui joue au golf, un autre qui se fait larguer, le président qui parle à sa femme au téléphone et chaque personnage a cette petite touche d'humanité quotidienne.
Ce qui tranche complètement avec l'extraordinaire de la situation qu'ils vont gérer : on passe d'une vie normale à, en même pas quelques minutes, 10 millions de personnes vont mourir et possiblement une guerre mondiale nucléaire va être lancée.
C'est à ce niveau-là que je trouve que le film touche quelque chose de terrifiant car c'est à ce moment-là tu te dis : à tout moment ça peut basculer là-dedans.
Il y a pas de discours politique pourtant ça aurait été le genre de film parfait et vu la réalisatrice limite on s'y attendrait mais non, elle décide juste de montrer une situation donnée, mettre des gens normaux à l'intérieur et nous dire : regardez, voilà ce qui arrive, pas de considération, pas de grand discours, juste un basculement dans l'impossible en moins de 20 minutes.
Ah j'ai oublié de vous dire, le film est un huis clos, enfin un multiple huis clos, en gros pendant 1h40 on va juste regarder des gens dans des bureaux ou dans des salles parler au téléphone ou faire des visios.
Et pourtant ça reste très intéressant et ça reste incroyablement bien réalisé alors le film a dû coûter que dalle et vu qu'il est en tête sur Netflix, ils doivent être bien contents.
Mais voilà ce que ça fait d'avoir un bon scénario avec une excellente réalisatrice et ça fait un film vraiment unique, il te prend aux tripes, il ne te lâche pas d'une seule seconde, les 1h40 elles vont passer à la vitesse de la lumière.
Et pourtant vous allez ressortir de ce truc comme si vous venez de vous prendre un bus dans la gueule.
Je suis fan de cette femme depuis enfant parce que bah ouais je regardé déjà ces film a cette période, Point Break était un film de chevet quand j'étais petit et quelque part elle m'a fait grandir aussi en grandissant en tant que réalisatrice, en devenant plus sérieuse, en faisant des films plus graves on va dire, on passe quand même de petit film d'action à des films politiques plutôt vénère.
C'est pour ça que je suis en colère par rapport au traitement qu'elle subit en ce moment et par rapport aux critiques qu'elle a subies à l'époque de Detroit.
Car s'il y a bien une réalisatrice qui est profondément talentueuse et intelligente, c'est elle, c'est elle qui devrait être la figure de proue du cinéma féminin et encore je trouve que c'est réducteur de dire ça pour elle, c'est pour ça que j'aime pas dire que c'est une des meilleures réalisatrices, parce que ça voudrait dire que c'est la meilleure des femmes mais ça fait bien longtemps qu'elle a dépassé ça, en fait c'est une des meilleures tout court.
Donc d'un côté je suis ravi de savoir qu'elle peut faire encore des films surtout quand ils sont bons à ce point en plus mais je suis triste que ces films ne sortent plus au cinéma.
Tout comme je suis triste qu'un del Toro doit faire son Frankenstein sur Netflix.
Que voulez-vous que je vous dise de plus, foncez voir ce film, il est sur Netflix de toute façon, c'est une petite pépite de tension et de suspense et rassurez-vous malgré le spoiler du film, il va quand même vous prendre par les couilles et vous les broyer pendant 1h40, je vous le garantis parce que même en sachant la fin et bien les deux segments qui ont suivi, tu es quand même tendu comme un string.
Je dirais que le seul bémol du film ce sont ces peut-être deux dernières minutes où je me suis dit : mais pourquoi elle nous montre ça, en fait le film aurait dû se couper au moment où le président est sur le point de prendre sa décision finale.
En plus il y a un fondu au noir donc logiquement c'est là que le film aurait dû s'arrêter mais non, après ça il y a une petite scène qui montre où les personnalités importantes sont conduites en cas d'attaque nucléaire et très clairement j'en ai absolument rien à foutre vu le sujet du film qui ne concerne pas du tout ça en fait.
Donc pour finir, oui bien sûr je vous le conseille et très chaudement même, on a une grande réalisatrice qui fait un excellent film que tout le monde peut voir au chaud à la maison, regardez-le c'est tout, c'est trop bien.
Et regardez toute la filmographie de Katherine Bigelow même Detroit qui est, malgré toutes les critiques qui lui sont faites, un film de fou furieux.
Merci d'avoir lu.