Après une décennie 70's tout simplement exceptionnelle tant en quantité qu'en qualité (12 films en 10 ans, dont une bonne quantité de chef d'œuvres), on pouvait se demander si les années 80 porteraient chance à Sidney Lumet.
C'est un peu moins réussi, mais il aura réussi un très grand film, totalement inconnu de par chez nous, sauf depuis une récente ressortie ciné ; A la recherche de Garbo.

Pour commencer, précisons que ça n'est pas du tout une biopic de la Divine, mais c'est l'histoire d'un homme qui va rechercher Greta Garbo afin d'exaucer le dernier vœu de sa mère atteinte d'une tumeur.
Cette mère, incarnée avec malice par Anne Bancroft, est une militante, grande gueule, très bavarde, mais qui a consacré une passion démesurée à Greta Garbo, jusqu'à acheter le moindre document existant sur elle. Elle a d'ailleurs nommé son fils Gilbert en référence à un des amours de Garbo.
Et ce fils, joué par Ron Silver, va se révéler être au départ un petit comptable se faisant marcher dessus par tout le monde, qui va être séduit par une collègue de travail qui veut devenir actrice, mais dont la volonté de retrouver Greta Garbo va le transformer au fil de ses rencontres. On peut dire que ce film est un parcours initiatique où, sous couvert d'une recherche, c'est la transformation d'un vieil adolescent en un homme mûr, et qui va enfin prendre sa destinée en mains lorsqu'il va démissionner en insultant son patron, et en se séparant de son épouse (Carrie Fisher), présentée comme la caricature de la fille Californienne qui n'a rien dans le crâne, pour devenir finalement assez matérialiste. Dans ce personnage, on peut peut-être y voir une petite pique de Sidney Lumet, cinéaste new-yorkais par excellence, à une côte Ouest dont il n'a jamais vraiment apprécié le côté suffisant.

Lumet nous dessine des personnages tous intéressants, touchants, dont plusieurs d'entre eux cherchent aussi à leur façon "leur" Greta Garbo, dont on peut finalement dire qu'elle est un sens à la vie de ces gens. Mais le côté mystérieux de l'actrice, et sa disparition soudaine des écrans ajoute à ce côté mythe, intouchable, tel un but qu'on se fixe.
Il faut dire aussi que, malgré le côté dramatique du sujet, par la maladie de la mère, c'est très drôle ; dans la première partie, Anne Bancroft y est formidable en personnage pète-sec, qui n'hésite pas à aller engueuler des ouvriers qui la désiraient, et qui vole pour militer à sa façon sur le prix des aliments. Peu à peu, lorsque sa tumeur se déclare, le ton devient de plus en plus sombre, jusqu'à sa dernière scène, que je ne révèlerais pas, mais qui est un plan-séquence absolument bouleversant, car on y voit une vie entière défiler chez cette femme dont la passion pour Greta Garbo aura été le moteur de sa vie.
Durant sa quête, le fils rencontre des personnages hauts en couleurs, d'une vielle agente qui veut se faire désirer à un photographe paranoïaque, en passant par un homosexuel qui redoute de vivre seul, tout ces gens paraissant très sympathiques, attachants, et dont on ressent une grande empathie à leur égard. Le film joue aussi beaucoup sur la timidité que Gilbert a au départ, mais dont sa quête va peu à peu le décoincer, jusqu'à devenir coursier, mais de manière très maladroite.

Quant à la mise en scène, Lumet prouve une fois de plus qu'il sait capter l'ambiance de New-York mieux que personne, on voit cette ville vivre, on voit les gens déambuler, c'est vraiment d'une extrême élégance.
Je ne suis pas forcément objectif quand je parle de Sidney Lumet, réalisateur que j'idolâtre, mais ce film -là est vraiment magnifique, bouleversant, sur la capacité d'un homme qui se donne les moyens pour exaucer le dernier souhait de sa mère, et ce au prix de sa propre personne. Dommage que le film n'existe pas en dvd (sauf en Z1, mais dans une collection "à la demande", donc pas sous-titrée, mais courez découvrir un versant plus drôle, mais aussi plus dramatique de ce génial réalisateur qu'est Sidney Lumet !
Boubakar
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le 27 sept. 2011

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Boubakar

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