On m’a dit un jour qu’il n’existe pas de films vraiment antimilitaristes et que représenter la guerre sur le grand écran fournirait toujours une sorte d’exaltation morbide contredisant les ambitions du message… Je ne sais pas trop quoi penser de ça, je me suis jamais trop senti exalté devant Idi i Smotri et Les Sentiers de la gloire m’a toujours collé le bourdon en me persuadant que la guerre était peut être la chose la plus avilissante qu’un Homme puisse pratiquer... Mais bref, j’ai repensé à cette affirmation en voyant Neelira, un petit film consacré à la guerre civile au Sri Lanka et je me suis dit que s’il existait des films antimilitaristes, eh bien ça pourrait peut-être ressembler à ça. Situé à la fin des années 80 dans les environs de Jaffna, dans le nord du Sri Lanka, le film s’installe dans une famille qui s’apprête à célébrer un mariage. Le contexte est posé en parallèle des préparatifs, la famille cuisine, les gamins vont louer des VHS de films d’action tamouls au cœur desquels des images de propagande ont été enregistrées. L’armée sri sri-lankaise patrouille et les rebelles rôdent. Avec une gestion efficace des maigres moyens du film et une vision claire de son propos, le réalisateur débutant Someetharan parvient à nous captiver. Puis, alors que la nuit tombe, une patrouille perdue va réquisitionner la baraque et prendre la famille en otage, devenant rapidement la cible des rebelles qui les ont repérés. S’installe alors un face à face de plus en plus tendu qui semble nous emmener vers l’irréparable.

Le spectateur un poil averti saluera d’emblée le courage du réalisateur de s’attaquer, pour son premier film, à un sujet aussi sensible. Récemment, quelques films ont bien évoqué ce sujet, mais c’est souvent par le biais du thème des réfugiés ou du difficile climat de l’après guerre (le très chouette Tourist Family, Munnel, Paradise, Jagame Thandiram, le français Little Jaffna, Oozhi : a dark age, ou alors des films plus vieux comme Ini Avan ou Deephan…) ; ou alors le conflit était apparu en background pretexte de potacheries indignes (Jaat)… mais la guerre au Sri Lanka, en tant que tel, est relativement absente des écrans, ou les films qui l’illustrent sont très difficiles à voir... Porté donc par un sujet aussi rare que passionnant, le film convainc sans aucun souci durant ses deux premiers tiers, développant son intrigue et établissant ses enjeux avec talent et application, supporté par une photographie magnifique et une interprétation impeccable.

Malheureusement, une fois venu le temps de la résolution, le film se prend un peu les pieds dans le tapis, faisant notamment intervenir un nouveau personnage mal défini, provoquant un twist inutile et qui m’a semblé déplacé dans le contexte du film. C’est dommage parce qu’il y avait quelque chose d’assez fascinant dans ce face à face qui s’enlise et qui n’arrive jamais à la confrontation directe. Détournant les attentes cinématiques du spectateur, qui pourrait facilement voir dans le dispositif de mise en scène une relecture d’Assaut (et de biens d’autres films de sièges), Neelira temporise, et détourne l’intérêt du spectateur. L’explosion de violence attendue est constamment différée, construisant une frustration qui nous emporte ailleurs. En rejetant, voire en méprisant l’idée même d’une confrontation violente, le film s’offre un final désabusé, un espoir douché par le fait qu’entre aujourd’hui et l’époque où le film se déroule, ce sont 40 années bien sombres qui ont piétiné sans relâche toutes les velléités de paix. Someetharan, pour son premier film, a réussi beaucoup de choses avec un budget de sandwich sncf, on lui pardonnera donc d’avoir peut-être trébuché à quelques moments. Après, je n’ai pas développé tout le bien de la photo, de la musique ou de l’interprétation du film, on est dans du cinéma du sud de l’Inde, c’est presque une évidence.


MelvinZed
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le 14 juin 2026

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