Soir de match. Les fidèles supporters locaux boivent des coups, font des paris, jouent de la trompette et scandent en masse les chants pour leur équipe. Le match est perdu. Humiliés à domicile, un petit groupe décident que le responsable de leur défaite n’est autre que l’arbitre du match, ayant sifflé un pénalty litigieux pour l’équipe visiteuse.
C’est d’abord une satire du monde du football, À mort l’arbitre, mais par le prisme d’un microcosme poussé à la violence par l’effet de groupe. C’est L’étrange incident (le chef d’œuvre de Wellman) ou Furie (le chef d’œuvre de Fritz Lang) sur les terres des supporters rouennais. Une folie endémique qui prend essor le temps d’une nuit, au cœur d’une ville de plus en plus impalpable.
Bien qu’il apparaisse ici ou là en flic désabusé et complètement inutile – puisqu’il arrive toujours après la bataille – Mocky adopte le point de vue de l’homme en noir, ici, incarné par un Eddy Mitchell étonnant, qui rêvait d’une carrière d’arbitre international mais qui va se retrouver traqué par des supporters qui n’auront bientôt plus de limites.
Dès le match on savait Mocky peu intéressé par le football en lui-même. Le foot est un prétexte. Le terrain y était déjà moins filmé que la foule, les gueules, les cris, les grimaces. Toutes les déformations des visages sont bonnes à prendre. Le foot ensuite on l’oublie entièrement. Ne reste qu’une chasse à l’homme. Et des gueules, des cris, des grimaces.
En chef de file du clan de supporters haineux et instigateur du mouvement vengeur, Michel Serrault est survolté comme jamais. Il est terrifiant. Et participe largement à accentuer cet état d’hystérie collective. Bien secondé notamment par des Claude Brosset ou Dominique Zardi, pour ne citer qu’eux.
Mais ce qui frappe c’est avant tout la force visuelle du film. C’est simple, dans son dernier tiers, on dirait presque du Bava, dans ses lignes quasi abstraites et cette danse finale des bulldozers. On pense aussi au Prix du danger, de Boisset ou Traitement de choc, de Jessua. Il y a une ambiance anxiogène assez démente malgré l’humour qui le jalonne de bout en bout.
Je sais que ce décalage est propre au cinéma de Mocky mais je me serais bien passé de cette petite ritournelle d’Alain Chamfort qui me semble vraiment être une faute de goût sur l’ensemble du film. Mais rien qui n’entrave le plaisir que j’ai eu à le revoir, bien entendu.