Bastien Bouillon porte des lunettes.

Je sais que c'est un peu idiot de me focaliser là-dessus au moment de faire une recension d'À Pied d'œuvre, mais, porteur de lunettes moi-même, il ne me viendrait pas à l'esprit de les garder lorsque je dors, ou ne suis pas seul au lit.

Détail absurde mais qui souligne à quel point, pour l'essentiel, ce film s'organise autour de gros plans sur le visage de Bastien Bouillon, par ailleurs tout en sobriété, et peu expressif.

Passons.

Comme c'est adapté d'un roman autobiographique éponyme, d'un certain Franck Courtès, je suppose que le Paul du film est plus ou moins l'avatar dudit Franck : le personnage principal vient de se voir refuser la publication de son manuscrit chez Gallimard — or il a fait le choix d'écrire, vit pour écrire, à défaut d'en vivre.

Ayant renoncé à son métier de photographe, il mise tellement tout sur l'écriture qu'il décide d'accepter les petits jobs les plus inintéressants qui soient, bricolage, tonte de pelouse, VTC... parce qu'ils lui laissent le temps d'écrire. Il mène une forme d'expérience de survie, parce qu'à ce train-là, il sombre peu à peu dans la pauvreté — ses services sont à louer sur une plateforme où il est fortement incité à se faire sous-payer —, et ce qu'il vit, devient la matière du nouveau livre qui doit lui permettre de devenir pour de bon l'écrivain reconnu qu'il souhaite être.

En somme, Bastien Bouillon incarne le Franck Courtès de la vraie vie, en train d'écrire l'À Pied d'œuvre aujourd'hui disponible chez Gallimard.

Je n'ai pas lu le livre, mais je suppose que ce sont des citations qu'on entend en voix off.

Malheureusement, on entend trop peu à mon goût de cette littérature qu'il prétend extraire de son expérience sociale de déclassement. C'est-à-dire que le film est bien sympathique, qu'on ne peut que ressentir de l'empathie devant ce personnage qui a tout perdu, son couple, son standing social, l'estime de sa famille, mais quelle est la leçon de l'histoire ?

Je me garderai de spoiler la fin — encore qu'on peut se douter que le livre verra le jour. Je dirai seulement qu'à la fin de la projection, m'avait gagné une espèce de grand sentiment d'à quoi bon : pourquoi cet orgueil monstrueux chez Paul, de se vouloir auteur à tout prix, comment peut-il s'imposer cette façon de vivre dans l'humiliation totale ? Mystère qui n'est qu'effleuré.

Dommage, voilà un film qui avait tout pour m'emballer — la bande-annonce est alléchante — mais dont je suis déçu l'ayant vu — tout était dans la bande-annonce.

Mathieu-Erre
6
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le 17 févr. 2026

Modifiée

le 17 févr. 2026

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Mathieu Erre

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