A Real Pain
6.6
A Real Pain

Film de Jesse Eisenberg (2024)

« Ouais tu verras, c’est pas un chef d’œuvre », sont les propos récoltés sur le film avant même de l’avoir vu. En effet, « A real pain » n’est pas un chef d’œuvre mais c’est sans doute parce qu’il n’a jamais prétendu l’être qu’il m’a autant touché. Bien loin de la prétention (selon moi plutôt justifiée) d’un « The brutalist », « A real pain » prend la forme d’un simple buddy movie mettant en scène deux cousins en quête de reconnexion et de résilience, au travers un périple censé exorciser les traumas transgénérationnels passés. Synopsis banal me direz-vous.


Et c’est là que le film devient intéressant : il réussit à la fois à nous mettre dans des pantoufles confortables en nous rappelant d’autres films doudous sans prétention (l’indétronable Garden state, le charmant Little miss sunshine…), mais parvient également à déjouer nos attentes en bifurquant à plusieurs reprises de la piste pourtant toute tracée.


Il y a par exemple ce moment où David s’épanche sur son cousin Benji (incroyable Kieran Culkin) et qu’on s’attend à ce que celui-ci les surprenne dans un coin de la pièce… puis non.

Idem pour cette très belle scène face à la maison natale, touchante parce que déceptive. Et plus encore cette fin dont la résolution habituelle sous forme de RRR (résolution, résilience et retrouvaille) ne se fait pas.


C’est le retour du même qui s’impose, même si on peut quand même imaginer un petit bougé dans le rapport à l’Autre (la gifle fait figure de micro réveil pour l’un comme pour l’autre).


Par ailleurs, il y a quelque chose qui n’est pas tranché dans ce film, entre une vraie réflexion philosophique sur notre place dans l’existence, le rapport au deuil, à la parole etc, et une douce ironie qui s’infuse et fait que ces mêmes questions deviennent presque dérisoire à l’aune de l’immense fantôme qu’est l’Holocauste.

La scène du train par exemple où Benji soulève l’absurdité de la situation : nous ne savons plus très bien où se situe le ridicule, le sérieux et la déraison.

Il n’est finalement pas si évident dans le film de savoir si c’est la grande Histoire qui génère leur propre névrose, ou si cette quête n’est autre que celle de recouvrir les plaies béantes par des explications trop « évidentes ».


En tous les cas Benji, aussi « pain in the ass » soit-il, vient bousculer la trajectoire de chacun des protagonistes pour finalement, lui, retrouver sa place initiale : l’observateur des gares bondées où la folie du monde gesticule sans cesse, là où la sienne s’apaise.

JuliaBall
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le 12 mars 2025

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Julia Bl

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