En voilà, un film qu'il est intelligent. Tiré d'un roman de Philip K. Dick, il étonne vraiment par la façon dont il aborde son sujet. Je ne vais pas tourner autour du pot, il s'agit de la drogue. Mais, alors que je n'ai normalement aucune envie de voir un film traiter de ce sujet, A Scanner Darkly m'a d'abord bassement séduit par son esthétique.

Il est rare qu'un film parle autant de par son esthétique, c'est pourquoi je recommande vraiment de voir ne serait-ce que la bande-annonce pour saisir son caractère étrange : http://youtu.be/K0cbUboLSs0

Revenons-en au déroulement du film. Au lieu de représenter un monde sale, gris, violent, douloureux, A Scanner Darkly nous invite à assister au quotidien de camés de banlieue à la Substance D, sans jamais nous sortir vraiment du « trip ». Ainsi, sans être totalement indolore, on se retrouve surtout témoin d'échanges sans queue ni tête. Des doux dingues, complètement carbonisés, ce qui ne change rien au tragique de la situation. Il y a bien sûr tout une intrigue parallèle, mais ça, je vous en laisse la surprise, comme d'habitude.

Le film a été entièrement tourné, puis intégralement repeint par des artistes graphiques, via un logiciel de rotoscopie. On se retrouve donc avec un rendu précis comme du vectoriel (ce qui est très impressionnant sur blu-ray), particulièrement graphique, et qui garde l'intégralité de la performance d'acteur. C'est un travail hallucinant, d'autant plus qu'il s'agit d'un film à petit budget (6M$). Le résultat, c'est cette vision étrange, où le décor flotte un peu, où tout semble être presque vrai, et totalement faux à la fois. Et pour un film qui traite de la drogue, et de cet état où le délire se confond dans la réalité, c'est on ne peut plus pertinent.

Les acteurs sont très bons, de Downey Jr. l'extravagant, à Keanu Reeves le perdu, en passant par Woody Harrelson le gentil allumé, Rory Cochrane le psychotique ou Winona Ryder la junkie, la galerie est parfaite.

De la part de l'auteur de l'innommable Fast Food Nation (où Bruce Willis nous apprend qu'il aime manger de la merde), difficile de savoir à quoi l'on pouvait s'attendre. Il en résulte une œuvre très intéressante, qui mérite vraiment d'être vue.
En évitant avec brio les pièges que le sujet tend (Flight n'y a pas échappé, lui), et sans jamais verser ni dans le pathologique, ni dans la comédie, on se retrouve face à une œuvre vraiment unique, originale, et bien équilibrée. Il faudra peut-être le voir deux fois pour tout saisir, mais même une troisième fois, cela reste un plaisir.



Petit épilogue au sujet du blu-ray en lui-même, car à l'heure où j'écris ces lignes, il n'est toujours pas disponible en France. L'édition que j'ai achetée possède le code-barre 883929130931, son ASIN est le B003M8NGQM, il s'agit d'une version importée des États-Unis. Il n'est pas zoné. Il ne possède pas de piste française, mais les sous-titres sont présents en anglais et en français. Le commentaire audio, par contre, n'est pas sous-titré, est désordonné et le son du film pas assez diminué, ce qui fait qu'il est peu agréable à suivre (je ne suis pas allé jusqu'au bout).
Yohmi
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le 19 mai 2013

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Yohmi

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