Pour la nouvelle relecture de l’œuvre de William A. Wellman et Jack Conway (1937), Bradley Cooper parvient à se mettre au diapason des tendances contemporaines et nous livre une pure tragédie émotionnelle Hollywoodienne. En plus d’être sa première réalisation, il multiplie ses casquettes et passe devant la caméra pour un premier rôle et s’investit méticuleusement dans les compositions musicales qui font la force de ce long-métrage. Et ce qui intrigue par-dessous tout, c’est l’envers du décor que l’on retranscrit avec honnêteté et sincérité. Ce support sera utile dans l’évolution de personnages qui se chérissent et qui sont passionnés par les notes qui les ont réunis sur scène.


Sans mentir, il s’agit bien d’une histoire d’amour et nous en distinguons deux sortes. L’une est pour la chanson, expression personnelle et émotionnelle propre à l’artiste, l’autre est pour cette relation émouvante, traversant les caprices du métier de star. En effet, soulignons que la percée d’une étoile montante est régie par le côté sombre du business et du commercial. Cependant, c’est bien ce qui fait vivre ces artistes que l’on idolâtre. La raison ? La fascination. Ceux-ci dégagent une aura de divertissement qui trouve son public. Si nous en sommes convaincus, c’est que nous avons trouvé la scène qui nous fera vibrer et qui nous questionnera sur la bonne foi des paroles. L’exemple de Stefani Germanotta, dont le nom de scène Lady Gaga prédomine sur son identité est le bon argument. Ce n’est pas pour rien qu’on la définit comme la reine de la pop à l’heure actuelle. Après avoir succédé des petits rôles, mais essentiellement des caméos basés sur son succès, elle nous revient démaquillé, amputé de son arsenal vestimentaire qui embrumait son identité réelle. Ici, nous découvrons une jeune femme, en la personne d’Ally, rêveuse et surtout talentueuse, à l’image de son interprète à l’oreille absolue.


Elle nous livre un passage unique sur la scène du 7ème Art, là où elle fait son grand retour avec ironie. Son innocence, puis sa naïveté réussirent à nous envoûter, car le scénario puise dans la simplicité de mise en scène et la performance des comédiens. C’est alors qu’on découvre le rôle de Cooper, rock-star du nom de Jackson Maine, alcoolique et toxicomane décalé. Mais le coup de foudre s’opère avec manière et tendresse. Toujours du point de vue de la scène et des coulisses, on découvre le déclin de ce dernier et le tremplin d’une Ally, qui perd peu à peu son identité. Cette fulgurante ascension est à l’image ce qui se fait aujourd’hui, la chaise musicale est un jeu noble, mais brise des cœurs au prix du succès. Le débat intérieur de chacun les invite à prendre conscience de ce qu’ils perdent tout eu long du récit. Et même si le final triomphe avec pureté, il existe un creux sur un deuxième acte moins convaincant et qui piétine sur la vulnérabilité des personnages face au système du show-business ou face à leurs valeurs. Nous nous accordons tout de même à retenir le bon derrière les paillettes, car le pari de Cooper s’avère payant et il canalise l’énergie de ses interprètes comme il manie une guitare sur scène et en direct.


« A Star Is Born » est une lettre d’amour pour ceux qui adorent l’authenticité des compositions, mais aussi pour ceux qui apprécient ce vice-versa mélodramatique entre l’acteur et la chanteuse. L’icône de la pop s’efface, tout comme l’image de l’acteur, supplanté par un grand réalisateur en devenir. Si tout le plaisir de l’intrigue peut se lire sur scène, ce qui se passe en dehors ralentit la composition des personnages, monocordes dans une relation qui se veut sans doute trop subtile. Mais du moment que le spectateur y croit à cette fatalité où Lady Gaga rejoue sa carrière et son succès, le poème que l’on nous compte est à portée de main. Il suffit tout simplement d’écouter, d’espérer et de contempler la justesse des notes qui feront frémir tout grand fan qui respecte le matériel d’origine.

cinememories
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