À vif de Neil Jordan est un film fascinant à plus d’un titre. D’abord parce qu’il s’inscrit dans la tradition du vigilante movie hollywoodien produit par un grand studio et piloté par Joel Silver, figure emblématique du cinéma musclé des années 1980 et 1990. Sauf qu’ici, à la place de Charles Bronson, c’est Jodie Foster qui endosse le rôle du justicier urbain. Ce simple déplacement suffit à troubler les codes du genre : une femme, seule, armée, erre dans les rues de New York pour reprendre un pouvoir que la violence lui a arraché.
Le personnage incarné par Foster traverse l’horreur la plus brutale : une agression sauvage, la perte de son compagnon, le vol de son chien. À partir de ce traumatisme, la ville devient un organisme hostile, traversé par une paranoïa diffuse qui contamine progressivement l’héroïne. Neil Jordan filme alors New York comme un territoire nocturne et anxiogène, où chaque rame de métro, chaque ruelle, semble pouvoir basculer dans la barbarie. La vengeance n’apparaît plus comme une quête héroïque, mais comme une dérive mentale, presque une contamination.
Là où le film devient réellement passionnant, c’est dans l’ambiguïté morale qu’il installe. Un policier, intrigué puis fasciné par cette mystérieuse justicière, entre dans une relation trouble avec elle. Le récit glisse alors vers une zone grise où le bien et le mal cessent d’être clairement identifiables. Personne n’est totalement innocent, personne n’est totalement condamnable. Cette tension morale donne au film une densité inattendue pour un thriller de studio.
Poisseux, inconfortable, parfois même dérangeant, le long métrage refuse les réponses simples. On peine à y discerner une morale claire — et c’est précisément ce qui le rend si stimulant. À vif n’est pas un film qui rassure ; c’est un film qui met mal à l’aise, qui interroge le désir de vengeance autant qu’il le nourrit.