La Abuela tient deux discours habilement confondus, le premier sur la terreur suscitée par la vieillesse dans une société qui n’attache d’importance qu’à l’utilité matérielle et immédiate, le second sur le monde de la mode et le désir manifesté par Susana, jeune mannequin d’une vingtaine d’années, de devenir image de marque. Une telle confusion fige cette dernière dans des postures d’attentes insoutenables, que la mise en scène retranscrit par d’incessants va-et-vient entre pièces ouvertes et couloirs dans la perspective – souvent déçue – de déceler ce qui aurait entretemps changé de place. La superposition des deux femmes par miroirs ou vitres interposés rappelle que le vieillissement constitue une marche naturelle et inéluctable, les rapproche dans une même pulsion narcissique qui les rendrait amoureuses d’un autoportrait ou d’une affiche publicitaire, jusqu’à la passion lesbienne sous-jacente. Le cinéaste espagnol Paco Plaza refuse la plupart des facilités du genre, ralentit le rythme de manière à laisser percevoir d’infimes mouvements (des mains, du visage) et les décline en autant de variations autour du memento mori. Une réussite mémorable.