J’ai regardé Abyss dans son nouveau Master 4K. À défaut de pouvoir aller en salles découvrir Avatar 3, il fallait auparavant se contenter d’un vieux Master, même pas digne de son époque.

Avant de parler du film en lui-même, parlons du Master 4K : il est sublime. Quel plaisir de redécouvrir le film dans de bonnes conditions ! Je mettrais un bémol cependant : l’image est un peu lisse, le grain manque. Cela donne vraiment une texture palpable. Ici, cela ressemble à de la pellicule qui cherche à faire numérique. Mais à part ça, c’est un Master absolument bluffant.

Même au niveau du son, j’ai vu le film avec un casque audio spatialisé et cela donne un véritable sentiment de claustrophobie lors des scènes sous-marines. Je me croyais vraiment dans un scaphandre. Dans la station, les petits bruits d’eau et de fond m’ont souvent fait tourner la tête pour chercher leur provenance. Bluffant. Même au casque, avec un son spatialisé.


"Quand vous regardez dans un abysse, l’abysse vous regarde aussi."

C’est sur cette citation de Friedrich Nietzsche que débute le film. Puis le titre apparaît avec la musique d’Allan Silvestri, mystérieuse et pleine d’aventures. La caméra s’avance vers le titre bleu pour y pénétrer, comme pour plonger le spectateur au fond des abysses, non pas pour qu’il se regarde, mais pour qu’il contemple le monde de James Cameron.

Tout le film transpire l’être de son auteur, de ses obsessions thématiques à son vécu personnel. Cameron était en plein divorce avec sa femme et productrice Gale Anne Hurd, ce qui a largement influencé l’histoire au point de faire de l’histoire d’amour le cœur émotionnel du film. J’ai versé des larmes lors de la scène de "résurrection". Peut-être qu’elle est totalement invraisemblable, mais elle a du cœur.


Le film présente également les défauts de son auteur : certains personnages secondaires sont caractérisés de manière assez cliché, similaires aux marines d’Aliens. Heureusement, ce sont des personnages secondaires et Cameron leur donne malgré tout une certaine humanité. La fin, lors de son final, vire à une naïveté un peu candide. J’ai toujours eu un peu de mal avec cette conclusion, même si scénaristiquement elle est bien amenée et ne sort pas de nulle part.


On retrouve dans Abyss ses obsessions thématiques : l’eau, la science-fiction, les militaires, les femmes fortes, l’amour, la peur du nucléaire. On peut considérer Abyss comme un film-somme, en miroir d’Avatar. J’en veux pour preuve que les aliens sont bioluminescents et écologistes, comme la forêt de Pandora et ses habitants.


On peut même voir une filiation avec 2001 : L’Odyssée de l’espace et Avatar. Quand Ed Harris est emmené dans l’espèce de cité alien, il traverse un chemin luminescent, comme Dave dans le chef-d’œuvre de Stanley Kubrick. Et dans Avatar, Jake découvre Pandora lorsqu’elle devient luminescente. Ces trois films représentent des avancées technologiques majeures au cinéma et se répondent naturellement. Abyss peut donc être vu comme un pont entre 2001 et Avatar, trois films évoquant la transcendance par la rencontre extra-terrestre.


La réalisation de James Cameron est au sommet. On peut dire ce que l’on veut du personnage ou même du film, mais sa mise en scène est d’une ampleur exceptionnelle. C’est ambitieux, c’est un défi technique dingue et chaque cadre est bien pensé. Le spectacle est total et, je dirais même, unique. Je ne connais pas d’équivalent dans le film à grand spectacle sous-marin.


L’introduction de Lindsey est marquante : la paire de talons se démarquant des rangers militaires définit immédiatement le personnage tout en l’iconisant. J’adore le passage où l’alliance d’Ed Harris lui sauve la vie en bloquant la porte : c’est d’une puissance évocatrice sans pareil et une image très marquante. Ed Harris est un acteur au charisme exceptionnel ; je suis sûr qu’il aurait fait un Batman remarquable, surtout un Batman âgé.


La musique d’Allan Silvestri est également une belle réussite, tour à tour mystérieuse et aventureuse.


Abyss est sans nul doute parmi les trois meilleurs films de James Cameron. Avec ses qualités et ses défauts, c’est un film humain fait par un humain.

LEXinema
10
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Créée

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