Alex De La Iglesia est un artiste quelque peu timbré. On ne peut s'empêcher de se poser des questions sur la santé mentale de cet Espagnol déjanté responsable, entre autres, du « Jour de la Bête » (« El día de la Bestia », 1995), de « Mes chers voisins » (« La Comunidad », 2000) et du « Crime Parfait » (« Crimen Ferpecto », 2004) tant les situations, les personnages, la mise en scène, les dialogues et bien d'autres choses encore semblent tout droit sorties d'un esprit plus que névrosé. Et pourtant, à y regarder de près, on est loin d'être dans la folie et encore moins dans le n'importe quoi, car ce brave cinéaste est en fait le chantre d'un cinéma ultra acerbe qui n'a de cesse de fustiger nos mœurs et coutumes bien pensantes, et plus particulièrement celles de la société espagnole.
« Action Mutante » est son premier long-métrage – produit par Pedro Almodovar, soit dit en passant – et il met en scène un monde futuriste régi par ce que nous pourrions nommer des « Beautiful People ». En effet, les soi-disant beauté, classe, rang social et autres cultes de l'apparence physique sont les sacro-saintes valeurs d'un monde extrêmement balisé et fermé à tout ce qui ne ressemble pas à de la « perfection ». Face à cette hypocrisie rampante se dresse un groupuscule qualifié par les journalistes – bien évidemment complices du pouvoir en place – de « terroriste » et appelé « Action Mutante ». Constitué exclusivement de handicapés de toutes sortes et dirigé par le ténébreux Rámon, cette banda terrorista perpètre divers attentats contre des cibles bien précises : chirurgiens esthétiques, culturistes réputés et autres stars encensées par les médias. Leur prochain coup : enlever la très artificielle Patricia, fille d'un riche industriel, afin de réclamer une rançon. Mais, une fois l'action menée à bien, rien, absolument RIEN ne va fonctionner comme prévu, car, Ramón, le chef-même d'Action Mutante est un traître...
La principale force de ce film tient à cet élément scénaristique : la trahison du chef du groupuscule envers tous les autres handicapés. Ramón se sert de la crédulité de tous les autres personnages pour les monter les uns contre les autres et pour finalement les mettre à mort. Un seul survivant, si on peut dire : Alex, obligé de traîner pendant tout le film le cadavre de son frère siamois (!) On se rend vite compte que Ramón n'est motivé que par le fric. Le cas d'un leader d'un groupe de résistants qui trahit les siens est extrêmement fréquent dans la vraie vie, quelque soit la cause défendue. Mais combien de films parlent de ce problème ? Combien de réalisateurs osent montrer des personnages de révolutionnaires qui, dès qu'ils acquièrent un tant soit peu de pouvoir, s'en servent à des fins strictement individualistes ? Trop peu malheureusement...
Par ailleurs, la forme du film vaut à elle seul le détour : costumes, décors, maquillages, situations, ... tout semble faire partie d'un mélange tape-à-l'œil de glamour et de puissants psychotropes hallucinogènes. Une bonne tranche d'Almodovar sous acide !

Note : critique parue dans le mensuel "Poiscaille" n°9 (avril 2011)
JJC
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le 10 avr. 2011

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