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Le troisième film d'Anders Thomas Jensen nous emmène un petit cran plus loin dans l’absurdité et la masculinité monstrueuse partagée par des individus que la dépression et les histoires personnelles abominables ont rendus complètement chabraques.
Cette fois-ci, nous suivons la vie quotidienne d’un petit prieuré où, sous l’autorité fantasque d’un curé complètement taré, un petit groupe de types est en réinsertion. On découvre le lieu alors qu’arrive Adam, un skin néo-nazi ultraviolent sortant de prison. À ses cotés, un Pakistanais en guerre contre une franchise de stations-service, tout aussi violent, et un gros type, alcoolique et obèse, victime de brimades.
On retrouve donc l'équipe d'acteurs fétiches du réalisateurs, à nouveau flanqués de costumes et de coupes de cheveux pour le moins perturbants. Mads Mikkelsen (Ivan, le curé), Ulrich Thomsen (le Peter de Flickering Lights, incarne Adam, le néo-nazi), Nicolas Bro (le gros alcoolique) l’impayable Ole Thestrup (qui interprète avec une gourmandise évidente le rôle du toubib) et Nikolaj Lie Kaas (dans un petit rôle de skinhead).
On retrouve donc notre groupe de mecs et une amitié reposant sur une nouvelle dynamique, toujours aussi bizarre, pétrie de méchanceté et de cette détresse qui n’arrive pas à s’exprimer et qui rend les hommes tordus. On retrouve un seul personnage féminin, à nouveau guère glorieux, un pommier et des animaux qui se font tuer. Sublimation des traumas et du cortège de dépressions qui les suivent, alcoolisme, boulimie contrariée et fours qui explosent, violences et mesquineries en tout genre, Jensen, avec son troisième film, semble déjà être parvenu au pinacle de son œuvre. C’est affreusement drôle, ça se permet des choses scandaleuses et les meilleures blagues du film tournent autour du portrait d’Adolf Hitler :
« woh woh woh ! Quel bel homme ! C’est ton père ?, s’exclame le curé ?
C’est Hitler », répond le skin.
Pas du tout, Hitler avait une barbe ! » rétorque le curé !
La proximité avec son film précédent est évidente, on y retrouve la même virtuosité technique et le même talent dans l’écriture du scénario et des dialogues. Les acteurs sont parfaits et la complicité jouissive qu’ils entretiennent avec le réalisateur nous semble évidente. C’est truculent, douteux parfois mais désopilant dans sa transgression décontractée. Ça pourrait peut-être ressembler à ce que pourraient faire ensemble Gaspar Noé et Delépine & Kervern si la virtuosité technique de l’un et le mauvais esprit des autres pouvaient transcender leurs propres limites et proposer quelque chose d’exaltant. Après, on s’en fout, puisque tout ça existe et s’est incarné dans l’œuvre de Jensen.
Créée
le 9 août 2026
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