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Lent déclin
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On pouvait s’attendre à un petit film du « milieu » français, où l’acteur trône en majesté et où la technique n’est qu’un valet bossu qu’on relègue dans l’ombre. Mais non. Bob Decout – plus souvent convoqué par la presse à scandale que par les dictionnaires du cinéma – a façonné, presque en contrebande, un objet rare qu’il conviendrait aujourd’hui de réévaluer. Adieu Blaireau est une variation sur le solipsisme, où la subjectivité gouverne le récit noir. Mais, paradoxe : la caméra, loin de l’austérité attendue, se gorge de couleurs à s’en tordre.
Léotard incarne un homme dévasté par la solitude et le besoin d’affection. Son jeu, cabotin, presque halluciné, sonne faux face à ses partenaires – et c’est précisément là que le film touche juste. Comment mieux traduire la solitude d’un personnage que par un acteur qui joue « à côté », comme ce type qui, un verre de trop aidant, devient soudain gênant pour tous ? Ce décalage aurait pu rester un simple contraste, mais il prend ici valeur de principe.
La magie vient surtout de l’image : rarement Paris aura été filmé avec une telle mélancolie. La photographie, saturée puis délestée, fait penser à du Vittorio Storaro qu’on aurait laissé tremper dans une eau croupie. Et cette bande-son kitschissime des années 80, peut-être involontairement, accentue le pathos : elle transforme le drame en chronique triste et misérable d’un homme enfermé dans sa propre individualité. On pense à Série noire (1979). Mais là où Corneau resserrait son film sur l’enfermement mental du héros, Decout choisit un laconisme sec, un désespoir sans lyrisme.
Léotard, plus « destroy » que jamais, ne trouve un répit qu’auprès de Girardot, femme assumant son âge, bras tendus vers lui. Mais récit noir oblige, c’est la jeune Binoche – apparition presque fantomatique – qui l’obsède, et c’est déjà perdu d’avance. Le film devient alors l’histoire d’un funambule fou, oscillant entre la chute et l’élan, un corps tendu par le désespoir et soutenu par une énergie obscure. Adieu Blaireau n’est plus seulement un polar : c’est le portrait d’un paradoxe organique, celui de Fred/Léotard, homme qui s’accroche en sombrant.
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Créée
le 15 nov. 2025
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